25 juillet 2021
Critiques

Billie : Sombre voie

Par Alexa Bouhelier Ruelle


Une nouvelle malle au trésor dévoile des interviews inédites, enregistrées dans les années 1970, par une journaliste questionnant les proches de l’icône du jazz Billie Holiday. Un documentaire fascinant, qui débute par la voix de Tony Bennett se demandant pourquoi toutes les chanteuses talentueuses suivent tel un chemin si sombre.

En évoquant Billie Holiday, Bennett songe peut-être aussi à Judy Garland en prononçant ces mots. Le chanteur se trouve être l’une des seules personnes sur ces cassettes audio, encore vivante aujourd’hui. Les autres entretiens sont ceux d’amis de la chanteuse. Ses proches, ses musiciens, un policier l’ayant arrêtée pour détention de drogue, ou même le proxénète la poussant à vendre son corps alors que Billie n’était qu’une jeune adolescente. Tous ces témoignages apparaissent presque comme les dialogues d’un film noir, amassant les indices d’un meurtre mystérieux. Cependant, la mort de Billie Holiday est peut-être la pièce du puzzle la plus claire de tout le documentaire. Ajoutez à cela pauvreté et racisme et la réelle question qui se pose alors est : pourquoi cette femme n’a-t-elle pas craqué bien avant ?

Lors de l’avant-première du documentaire, l’un des producteurs à déclarer « ne pas vouloir que l’on se rappelle de cette icône juste comme d’une victime. » Le mot clef ici semble être « juste », car la victimisation, et cet aspect de prédation, sont bel et bien présents tout au long du récit. Même si Billie Holiday était maître de ses choix au sein du studio, en dehors, elle était prisonnière d’hommes violents et manipulateurs se succédant à ses côtés. Avec un penchant masochiste, Holiday était persuadée que la violence qu’elle recevait des hommes était naturelle  et cela depuis l’âge de 13 ans.

critique-billie1
Billie Holiday - Copyright Don Peterson

Fort heureusement, "Billie" met aussi en lumière les personnes qui n’ont pas profité du succès de la chanteuse dès ses débuts, dans les années 30, à son déclin, fin des années 50. Un déclin marqué par l’usage de drogues dures, elle faisait très souvent les gros titres dès 1947, tout en arrivant à maintenir sa carrière à flot. L’une des images qui hantent la fin du documentaire est décrite par un de ses bassistes alors qu’ils enregistraient son dernier album. Celle de Billie Holiday, assise sur un tabouret, derrière son micro, un verre de vodka à la main, la tête baissée, le regard dans le vide : « l’ombre de la mort » pour l’artiste.

Aux côtés des extraits de la chanteuse, et de ses plus grands titres, les images d’archives sont donc ponctuées par ces enregistrements inédits. Si vous connaissez un peu l’histoire de Billie Holiday, aucune information ne vous surprendra réellement. Le seul point négatif que l’on pourra retenir est la colorisation arbitraire des images d’archives et des segments vidéo. Un traitement par la couleur qui en déboussolera plus d’un, alors que les producteurs argumentent ce choix « vital », afin de trouver une certaine pertinence auprès d’un public plus jeune.

Le récit de la journaliste, ayant réalisé ces 125 enregistrements, s’entremêle avec celui de la chanteuse. Linda Lipnack Kuehl, dotée d’un talent certain pour l’écriture et la conduite d’interview, est morte en 1979 d’un présumé « suicide ». Cependant les membres de sa famille restent convaincus que la jeune femme a été tuée, probablement à la suite de ses longues années de recherches sur Billie Holiday. Un détour, autour d’une conspiration intéressante, qui minimise toutefois les zones d’ombres au sein même de l’histoire de l’icône du Jazz. De quoi laisser paraître sa mort naturelle à l’hôpital comme trop peu intéressante en comparaison...


Tous nos contenus sur "Billie"  Toutes les critiques de "Alexa Bouhelier Ruelle"

ça peut vous interesser

Spirale : Une mise à l’épreuve

Rédaction

Fast & Furious 9 : Plus haut, plus grand, plus fort

Rédaction

Hitman & Bodyguard 2 : Une comédie d’action sans intérêt

Rédaction