Critiques

Birdman : Chef d’oeuvre !

Un film avec une très belle brochette d'acteurs qui se présente comme un seul plan séquence bien entendu grâce à la magie du cinéma qui dure sur la totalité du film et en fait donc le plus long faux plan-séquence de l'histoire du cinéma soit tout de même 2h et qui est accompagné par des rythmes jazz à la batterie. Une excellente critique du monde du spectacle, mais aussi et surtout, un Michael Keaton qui n'interprète pas seulement un personnage sans intérêt puisque le film peut se lire aussi comme étant une parfaite analyse de la carrière de Keaton ex-Batman au cinéma dans les films de Tim Burton. Et qui reste probablement les meilleurs films de l'acteur si bien que celui-ci "Birdman" pourrait permettre à l'acteur de ne plus être simplement un "Batman". 

La pièce de théâtre dont il est question dans le film et qui annonce le come-back de Riggan Thomson est inspirée d'une nouvelle de Raymond Carver intitulée "What We Talk About When We Talk About Love" ("Parlez-moi d'amour", dans sa version française). Parue en 1981, elle raconte l'histoire de Mel McGinnis, cardiologue quadragénaire et ses amours. Cette pièce a tout simplement fait écho à  la quête incessante d'amour et de reconnaissance qui caractérise le personnage de Micheal Keaton dans "Birdman".

Le film traite bien entendu de la question du succès fulgurant, trop souvent éphémère de nos, jours et souvent même illusoire. "Birdman" est complètement surréaliste et parfois même psychotique. En effet, l'égo de Riggan est représenté par son personnage de Birdman à la fois menaçant et cathartique et est si torturé qu'il est parfois difficile, pour lui comme pour nous, de distinguer rêve et réalité. Le cinéaste Alejandro Iñárritu précise : "Birdman est le surmoi de Riggan, et de son point de vue, Riggan fait une énorme erreur en montant cette pièce qui est clairement indigne d'eux. Du point de vue de Riggan, en revanche, c'est Birdman qui a perdu la tête. Mais bien sûr, en définitive, ils sont tous les deux à côté de la plaque."

On ne peut pas omettre la dimension universelle du film qui, à travers la quête d'admiration, montre le sentiment qui nous est commun à tous, d'autant plus avec l'avènement d'internet, des réseaux sociaux et de leur immédiateté, nous soumettant ainsi au regard d'autrui pour se définir un place dans la société voire même un rapport qualitatif à l'autre faussant ainsi la réalité. Comme le personnage de Riggan, nous pouvons être le roi du monde, un moment, et l'instant d'après, devenir le dernier des inconnus voire même complètement ringard ou pourquoi ne pas dire dans certains cas un paria !

Immédiateté que l'on retrouve aussi dans la réalisation avec ce fameux plan-séquence sur toute la durée du film, demandant une parfaite synchronisation, et surtout la perfection des acteurs face caméra, car les séquences ne peuvent à chaque fois être reprises et retournées, tout simplement comme au théâtre lieu où se déroule la majeure partie du film. C'est ce que souligne par ailleurs le comédien Edward Norton qui fut impressionné par l'exactitude de la retranscription de ce monde si particulier : "Lorsque j'ai lu le scénario, je me suis demandé comment Alejandro allait réussir à intégrer l'aspect humoristique et poignant de la vie des acteurs en général, mais en particulier les vicissitudes de celle des acteurs de théâtre new-yorkais." Mais aussi "Le fait de tourner en plans-séquences est une variation qui vise à créer un film fait de moments interconnectés les uns aux autres". Ou bien encore "Cela permet aux acteurs de s'exprimer comme seul le théâtre le permet, et c'est quelque chose de très fort. Je trouve également que cela confère inconsciemment une certaine énergie au jeu des acteurs". Vous comprenez sans doute mieux pourquoi je vous dis que "Birdman" est remarquable avec des acteurs tous brillants. Ce dernier a d'ailleurs été tourné à New York en l'espace d'un mois. De plus, Alejandro Iñárritu voulait collaborer avec des acteurs et des techniciens issus du monde du théâtre et quoi de mieux que la ville de New-York avec Broadway épicentre du monde théâtral pour cela.

Au niveau de la musique, celle-ci est tout simplement parfaite, à la fois discrète et quasi omniprésente, c'est du jazz à la batterie minimaliste qui accompagne parfaitement le film et le jeu des acteurs et c'est d'ailleurs l'un des meilleurs batteurs du monde, le Mexicain Antonio Sanchez, qui nous l'interprète. "Birdman" fut donc régal : la réalisation, la musique, les acteurs, l'intrigue, le fond et surtout son caractère faussement super-héros qui dévoile par ailleurs très bien l'un des principaux aspects qui concernent tous les super-héros. Sans oublier son point de vue sur la carrière de Keaton et les références à Batman, il est vrai, qu'en tant que fan de comics, il est difficile d'y résister et permettez-moi de vous dire que ce film est tout simplement parfait, innovant et intriguant.

Bref c'est un chef d'œuvre ayant tout de même fait l'ouverture du dernier festival de Venise, la fermeture de celui de New-York et ayant remporté les Golden Globes du meilleur acteur dans une comédie pour Keaton et du meilleur scénario. Sans oublier les Oscars de meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleure photographie sur un total de 9 nominations. Je vous dis cela si ma critique ne vous avez pas encore donné envie d'aller le voir au cinéma...

Auteur :Vivien Descamps
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