Critiques

Birdman : Eblouissant !

Le réalisateur Alejandro González Iñárritu ("21 Grammes") présente dans "Birdman" l'histoire de Riggan Thomson, un acteur mondialement connu lorsqu'il incarnait le super-héros éponyme au début de sa carrière, et qui est devenu « has been » après avoir abandonné son personnage. Ce super-héros nous semble à juste titre très familier : même son costume fait inévitablement penser à Batman, que Michael Keaton a incarné dans les adaptations de Tim Burton. En outre, le refus du personnage d'enfiler le costume de l'homme-oiseau pour un quatrième film nous mène par association d'idée à penser au refus de son interprète de jouer dans "Batman Forever".

"Birdman", ne faisons pas durer un maigre suspense, est sans aucun doute un succès, et comme nous l'avons vu il remporte, à bon droit, quatre Oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original et meilleure photographie. En effet, c'est excellent et on reste captivé de bout en bout, probablement grâce au pari réussi de faire du tout une sorte de plan-séquence qui rapproche le spectateur du cœur du film. La musique dans "Birdman" participe activement à cet étau dans lequel le spectateur est pris, notamment lorsque l'on voit au détour d'un couloir le batteur installé derrière son instrument tandis que résonne sa musique. Les acteurs sont vraiment bons et incarnent leur rôle de façon plus que satisfaisante : Michael Keaton, tout d'abord, magistral dans toute la dualité de son personnage ; Edward Norton ensuite, son opposé peut-être, qui assume son rôle de branleur à merveille. Emma Stone et Naomi Watts sont également superbes dans leurs rôles respectifs de d'ancienne junkie et d'actrice en déclin. Riggan Thomson revient ici pour retrouver la célébrité et la gloire, en mettant en scène la pièce « What We Talk About When We Talk About Love » de Raymond Carver  (en français, « Parlez-moi d'amour ») à Broadway.

La question qui se pose dans "Birdman" est celle d'une rédemption artistique, mais elle est aussi liée à celle d'un succès qui serait éphémère et faux, une douce illusion peut-être, et la récitation du monologue de Macbeth par un clochard appuie cette idée : « Life's but a walking shadow, a poor player / That struts and frets his hour upon the stage, / And then is heard no more; it is a tale / Told by an idiot, full of sound and fury, / Signifying nothing. » Ces quelques vers qui tissent le lien entre la vie et la scène peuvent être interprétés ici comme une révélation pour Riggan Thomson sur ce que représentent le passé et le présent de sa carrière. « Out, out, brief candle » (« Éteins-toi, éteins-toi, éphémère bougie »), entend-on plus tôt dans le monologue : sans apporter de réponse, cette référence à Shakespeare étaye la réflexion sur cette existence brève, qu'on pourrait reporter ici à la célébrité.

Entre une volonté de bien faire en prouvant son jeu d'acteur et un besoin obsessionnel de reconnaissance, les deux facettes du personnage s'opposent et se croisent. Ce combat égotique va jusqu'à donner à Riggan quand il est seul des pouvoirs, vestiges d'un rôle qu'il a enterré depuis longtemps, jusqu'à ce qu'on peut prendre pour une allégorie finale, sans qu'une interprétation formelle ne soit donnée néanmoins. Tout en racontant l'histoire des quelques jours précédant la première de la pièce à Broadway, "Birdman" n'épargne personne sur son passage, et chaque personnage porte aussi en lui la satire, qui est alors en quelque sorte un deuxième fil rouge : du buzz sur Twitter aux acteurs dont les ego sont démesurés, en passant par la critique frustrée et les films de super-héros qui contentent un spectateur abruti avec pas grand-chose, et enfin même en prononçant le nom de réels acteurs « hype » avec une ironie maîtrisée à plusieurs reprises : personne n'en sort indemne.

Entre moment de rire et dialogues parfois acerbes ; d'une véritable théâtralité à des effets spéciaux qui, s'ils surprennent, convainquent, c'est un chef-d'œuvre que nous livre Iñárritu avec "Birdman".

Auteur :Carine Eklinger
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