Critiques

Birdman : La critique

Diaboliquement efficace. Voici les premiers termes qui viennent en tête instantanément, inexorablement après le premier visionnage de "Birdman". Des mois de matraquage médiatique qui laissait supposer le pire. Il n'en est rien. Michael Keaton est magnifique, tout simplement.

Suivant le système tendance des poupées russes, Michael Keaton, connu pour avoir prêté ses traits au superhéros Batman, joue Riggan Thomson, un acteur démodé connu pour avoir prêté ses traits au superhéros Birdman. La mise en abime ne s'arrête pas là car il semblerait que le personnage qu'il joue lors de son retour sur scène lui est plus que proche.

Michael Keaton transcende tout ce qu'il a pu faire jusqu'à présent. Sa présence scénique n'a jamais été aussi ensorcelante et charismatique, le sexagénaire crève l'écran. Son personnage, torturé, n'a jamais su se remettre de sa gloire passée.

Développant une certaine schizophrénie, l'acteur qui a à nouveau tout à prouver, ne doit pas seulement affronter la pression médiatique ou ses déboires familiaux. C'est avant tout contre lui-même, ou plutôt contre son feu rôle de Birdman, qu'il doit se battre.

Une dualité qui n'est pas sans rappeler celle incarnée par Natalie Portman dans "Black Swan". Les deux finaux sont d'ailleurs très similaires, bien que le traitement demeure différent. "Birdman" cultive un humour noir et cynique là où le film de Darren Aronofski se contentait d'un ton sombrement ambigu et énigmatique. Vice poussé jusqu'au bout puisque le costume de Birdman est, à peu de chose près, un modeste plagiat de celui de l'homme chauve-souris.

"Birdman" est une satire où tous les agents du cinéma en prennent pour leur grade sans distinctions. Les acteurs bien évidemment, victimes de leur ego et leur narcissisme infini. Mais aussi les agents cupides voyant en chaque drame un buzz lucratif, le public au sadisme grandissant, les critiques frustrées à la plume saignante. Ajouter à cela des dialogues qui font mouche.

Chaque citation a tout de la nouvelle punchline culte. On retiendra notamment cette réflexion de Riggan Thomson, lorsque celui-ci se rend compte de la présence d'une célèbre critique du New-York Times à quelques mètres de lui : « Mais c'est vrai, on dirait qu'elle a sucé un clodo ».

Oh, j'aurais peut-être dû commencer par là. Si la photographie est d'une poésie chatoyante, on ne peut pas toujours en dire de même pour le niveau de langue ou l'humour, qui ne plaira pas à tous les publics. Un parti pris donc.

Si j'ai plus tôt chanté les louanges de monsieur Keaton, la distribution est globalement formidable. Je suis tombée amoureuse tour à tour d'Edward Norton, Naomi Watts et/ou Emma Stone, respectivement acteur égocentrique, comédienne vieillissante et junkie en rémission. Une belle alchimie qui laisse place à des scènes désopilantes, comme celle de la tentative de viol sur scène (oui je sais, dis comme ça, c'est pas forcément très vendeur).

Un long-métrage beau, triste, drôle et tendre. Et oui, tout cela à la fois. Et à l'ère d'une société où il faut se balader en caleçon à Time Square pour faire des vues sur You Tube, un drame social si juste mais si bancal ne fait pas de mal. Le personnage de Riggan Thomson est injustement décrit comme « une star, mais pas un acteur ». Soyons sûrs que dans la réalité, concernant Michael Keaton, il en est tout autre.

Auteur :Mélissa Chevreuil
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