27 juillet 2021
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Black Book : Critique

Cela faisait 6 ans, depuis le très moyen "L'homme sans ombre" que nous n'avions plus eu de nouvelles du plus célèbre réalisateur néerlandais. "Black Book" était un projet que Verhoeven portait en lui depuis 20 ans. Le film était également pour lui l'occasion de revenir tourner dans sa Hollande natale qu'il avait quitté en 1983 avec « Le quatrième homme ». Surtout, c'était l'occasion pour lui de s'éloigner des grosses machines plus ou moins heureuses (certes, "Basic Instinct" ou "Starship Troopers", mais à l'inverse "Showgirls" ou "L'homme sans ombre") qu'il mettait en scène depuis plus le milieu des années 80.

Il nous revient donc cette année avec une fresque historique se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale et suivant le destin d'une jeune juive dans les derniers mois de l'occupation allemande et première constatation : au regard du reste de la carrière du cinéaste, le choix du sujet nous apparaît pour le moins surprenant puisque jamais il ne s'était attelé à ce genre de projet. En constatant qu'indéniablement "Black Book" est un projet personnel, il nous permet ainsi de découvrir une facette cachée d'un cinéaste qui, en bien ou en mal, ne cesse de nous surprendre film après film.

Concernant plus directement le film, l'un des indiscutables points forts du film est le choix de l'interprète principale du film, Carice Van Houten, actrice néerlandaise inconnue de par chez nous et qui campe une Rachel Steinn tout à fait convaincante. Au-delà du choix de l'actrice, c'est sans aucun doute la décision de faire du personnage principal du film une femme qui est la vraie bonne idée du film. En effet, pendant la plus grande partie de la préparation du film, le personnage du résistant juif infiltré au sein de l'état-major allemand devait revenir à un homme. Cependant, Verhoeven et son scénariste peinaient à faire avancer cette histoire jusqu'à ce qu'ils décident de transformer le personnage en femme. Tout s'est alors débloqué et il faut bien admettre que cela permet au film d'aborder ce thème sous un jour nouveau et plutôt malin.

Par ailleurs, un autre élément est assez intéressant puisque Rachel est plus souvent entraîné par l'Histoire que vraie maîtresse de son destin. Les concours de circonstances la feront bien plus avancer que ses propres décisions et en cela, Verhoeven ne craint pas de remettre en cause le symbole de l'héroïsme de la résistance. Tous les héros n'en sont pas nécessairement et tous les allemands ne sont pas que des ignobles petits gnomes. Ainsi, comme vous l'aurez compris, "Black Book" nous plonge dans la réalité de la résistance et à bien des égards, il évite tout manichéisme primaire et trop souvent utilisé dès qu'il s'agit d'aborder cette période.

Fresque historique, "Black Book" se transforme aussi parfois en film d'aventures et en ce sens, la dernière partie dénote singulièrement du reste du film. Ainsi, en même temps que la libération arrive, l'intensité dramatique s'estompe quelque peu. Hésitant peut-être à ce moment entre réalisme historique et rebondissements narratifs, dans sa dernière demi-heure, "Black Book" devient un peu bâtard et ne tient pas jusqu'au bout l'impression qu'il nous avait donné. Néanmoins, tenir le spectateur en haleine pendant près de 2h30 sans qu'une seule fois l'envie de regarder notre montre ne nous vienne à l'esprit, voilà un tour de force que le cinéaste hollandais aura su relever et pour cela, je ne peux que vous conseiller d'aller jeter un coup d'œil à ce "Black Book".

Auteur :Loic Gourlet
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