14 décembre 2019
Critiques

Black Snake : FranCacafrique

Critique du film "Black Snake"

par Guillaume Meral


Trop c’est trop. Marre de l’inaction des pouvoirs publics et de la complaisance des citoyens sur un sujet qui devrait nous concerner tous autant que nous sommes. Vous avez vu les images à la télé, sur internet, peut-être même au cinéma, et vous n’avez rien fait.

A part expirer votre indignation du moment dans un mouvement d’épaules désolé, ou vous fendre d’un bon mot sur Internet pour jouer les grands esprits sur le dos rond de l’infamie. Mais l’heure est trop grave pour perdre du temps en reproche. Il faut arrêter de réagir et se décider à agir. Trop c’est trop.

Nous devons interdire aux acteurs et/ou comiques français de passer derrière la caméra

Non, ce n’est pas une réaction sous le coup de l’émotion générée par un énième fait-divers tragique, ni la mise sous tutelle d’une liberté artistique fondamentale. Ce n’est même pas une tentative détournée d’entériner un principe de prévention du spectateur, sinon c’est la quasi-totalité de la comédie française qui ferait l’objet d’une caution généralisée. Non messieurs-dames, ce sont les artistes eux-mêmes que ce projet de loi vise à préserver, contre les autres mais surtout d’eux-mêmes.

En l’occurrence, le cas qui justifie cet état d’urgence est d’autant plus éloquent qu’il concerne des personnalités talentueuses aux envies de cinéma sincères. Pas des trompettes qui claironnent leurs droits d’auteurs sur le dos des artistes qu’ils plagient, ou des gagne petits de la fiction télévisuelle discount.

Non, Thomas NGijol, puisqu’il s’agit de lui, fait partie de ces artistes investis qui ne cherchent pas le buzz sur les formules toutes faites, ne cèdent pas aux sirènes de la démagogie pour entretenir leur fonds de commerce, défendent un point de vue avant de proclamer une posture. Bref, typiquement le genre d’acteurs qui rendent le game un peu plus vivable à chaque fois qu’ils prennent la parole. Sauf que-là, il a fait "Black Snake".

Pourtant, l’ami Thomas nous avait agréablement surpris il y a quatre ans avec "Fast Life", bonne grosse olive tragi-comique glissée à tous ceux qui attendaient de lui une réitération paresseuse de "Case Départ". Mais force est de constater que sa tentative de super-héros franco-africain mâtiné de ce mauvais esprit dont il est dépositaire accuse toutes les tares de la production abandonnée par ses garde-fous.

On ne fera pas la liste de ce qui ne fonctionne pas ici, puisque rien ne fonctionne. Certes, les envies de cinéma sont palpables, le cadre vintage déjoue la facilité et fait valoir sa singularité, quelques répliques font sourire ici et là. Mais pour le reste, impossible de défendre sans affoler le fact-checking de fabrication.

"Black Snake" fait partie de ces films où l’idée semble avoir sauter le test du fonctionnement, où l’envie devient caprice, ou le gag contredit en permanence le besoin de la scène.

Force est de constater que l’argument super-héroïque n’aide pas à rétablir un équilibre inexistant, tant l’humour caustique de NGijol échoue à trouver ses repères dans la dramaturgie du genre.

D’autant que plutôt que d’investir son iconoclasme vachard jusqu’au bout, il choisit d’emprunter la voie "Iron Man" avec son enfoiré de héros qui se grandit au contact de sa double-identité. Toutefois, à force de grossir le trait de sa veulerie, NGijol annule toute possibilité de progression dramatique, et rend son personnage incompréhensible en plus d’être antipathique.

Or, c’est bien la raison pour laquelle l’heure du changement doit sonner. Parce que ça fait mal au cul de voir cette somme de talents (NGjjol, mais aussi Karole Rocher également coréalisatrice, Edouard Baer…) se débattre comme des poulets sans tête dans un grand rien.

Parce que fondamentalement, des accidents industriels de cette nature-là ne devraient pas incomber à des gens connus pour faire les choses bien.

Parce qu’au final, metteur en scène est un métier à part entière, et pas une formalité dont on s’acquitte comme une formation sur Powerpoint pour rajouter une ligne sur le CV.

Et parce qu’il est finalement peu probable que Bradley Cooper ait réalisé "A Star is born" porté par la seule inspiration du sol qu’il eut la chance de fouler pendant son semestre passé à Aix-en -Provence.

Française, français, pour ne pas exporter dans le futur les traumatismes du présent et préserver vos petits-enfants de l’effondrement de ses élites artistiques, engagez-vous et dites-le haut et fort : non aux acteurs-réalisateurs français. Vous rendrez la planète un peu meilleure.

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