18 septembre 2020
Critiques

Blackbird : Huis clos familial sur la fin de vie

Par Sarah Ugolini


Avec son casting cinq étoiles, "Blackbird" (distribué par Metropolitan Filmexport) traite avec justesse du deuil familial. Susan Sarandon se démarque encore une fois par son interprétation authentique de cette mère de famille condamnée qui doit dire adieu à ses enfants.

Comment accepter le décès programmé de sa mère, voilà comment résumer le nouveau long-métrage de Roger Michell, réalisateur de "Coup de foudre à Notting Hill"en 1999. "Blackbird" est un drame familial adapté d’un film danois qui a remporté un franc-succès au Festival international du film de Toronto en 2019.

Une histoire personnelle pour Kate Winslet

Tout commence quand Lily et son mari Paul décident de réunir enfants et petits-enfants pour un week-end dans leur maison au bord de la mer. Trois générations réunies pour dire adieu à leur mère, incarnée par Susan Sarandon. Il y a d'abord Jennifer, l’aînée, son mari Michael et leur fils de 15 ans, Jonathan, mais aussi Anna, la cadette, venue avec petite-amie Chris. Une réunion de famille riche en émotion pour tous les membres du clan. Atteinte d’une maladie dégénérative incurable, Lily refuse de subir une fin de vie avilissante et décide de prendre son destin en main en mettant fin à ses jours entourée de ses proches. Une décision qui n'est pas facile à accepter pour tout le monde. Non-dits et secrets remontent à la surface, mettant à l’épreuve et redessinant tous les liens qui unissent les membres de cette famille, alors que le temps des adieux approche.

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Kate Winslet (à droite) et Susan Sarandon - Copyright Leonine Distribution

La perte d'un être cher est un sujet qui n'est pas étranger à Kate Winslet, qui incarne la fille aînée de la famille. L'actrice a en effet confié avoir eu des raisons personnelles de participer au projet. "Environ 18 mois avant le tournage, j’ai moi-même perdu ma mère. J’ai éprouvé toutes ces émotions, de plus en plus fortes, jusqu’à sa mort, que nous savions imminente car elle avait un cancer", explique Kate Winslet. Elle confie avoir "eu du mal à reprendre le travail après son décès, et éprouvé un chagrin particulièrement profond à ce stade de sa vie". Une épreuve qui lui a permis d'appréhender les conflits intérieurs du personnage qu'elle incarne avec une grande justesse. "Je suis passée par tout ce que les personnages traversent, et je sais ce que cela signifie d’être une famille qui vit quelque chose d’aussi dévastateur que la perte d’une mère", confie-t-elle.

Un week-end qui sonne comme à compte à rebours

Un huis clos tourné dans une grande maison au bord de la plage, mais qui sonne comme un compte à rebours pour toute la famille. Malgré une ambiance chaleureuse au départ, cette réunion familiale va devenir un véritable détonateur de toutes les rancœurs accumulées et tues au fil des années. Un drame familial qui n'est pas sans rappeler "Juste la fin du monde" de Xavier Dolan, à la différence près que la mort du personnage principal incarné par Gaspard Ulliel y était un non-dit, alors qu'elle est le postulat de départ dans "Blackbird". Acceptée ou redoutée, elle est omniprésente tout au long du film. Même si la crainte de l'issue inéluctable de ce week-end est palpable, le personnage incarné par Susan Sarandon n'a de cesse de rire de la mort et de tourner en dérision ce drame à venir. L'inoubliable héroïne de "Thelma et Louise" livre une nouvelle fois une prestation remarquable, alternant avec une grande facilité humour jubilatoire et grande fragilité.

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Sam Neill - Copyright Leonine Distribution

Roger Michell a pris la décision inhabituelle de filmer quasiment chronologiquement, ce qui a permis aux acteurs de tisser des liens. Une proximité qui rend plus vraie que nature les relations entre les membres de la famille. C'est d'autant plus vrai pour Susan Sarandon et Sam Neill, qui jouent Lily et Paul, car ils avaient déjà formé un couple à l’écran par le passé : "J’ai été mariée à Sam dans "Irresistible" d’Ann Turner en 2006. C’est quelqu’un de merveilleux et de très drôle", assure l'actrice. Un sentiment partagé par son partenaire Sam Neill. "Susan et moi n’avons pas besoin de beaucoup parler pour nous comprendre, chacun sait comment l’autre fonctionne", confie l'interprète emblématique paléontologue Alan Grant de "Jurassic Park".

Une fresque familiale pleine d'intensité

Mia Wasikowska, qui interprète la cadette perturbée de la fratrie ajoute que "tout le monde a appris à se connaître vraiment bien" sur le tournage. "La plupart des scènes font intervenir tous les personnages. Nous étions seulement huit acteurs et actrices et étions donc tous ensemble tout le temps", se réjouit l'actrice australienne.

Entre règlements de compte et repas de famille conviviaux, ce film choral, où chaque personnage joue sa partition tel un métronome, traite avec beaucoup de justesse de la gestion du deuil. Malgré la lourdeur du sujet, ce long-métrage livre en effet une fresque familiale pleine d'intensité et de vérité. Une œuvre tendre qui nous pousse à profiter de notre famille tant qu'il est encore temps.


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