25 octobre 2020
Critiques

Blackbird : Poignant

Par Alexa Bouhelier Ruelle


Rien ne vous prépare plus au drame qu’un film ayant pour synopsis, « le remake d’un film Danois sur l’euthanasie. » Roger Michell et son scénariste Christian Torpe (adaptant sa propre pièce de théâtre) arrivent tous deux, accompagnés par un casting splendide, à trouver un certain équilibre entre un drame et un scénario ponctué de légères touches d’humour. Tout est sous contrôle, sous les ordres du capitaine Roger Michell, qui arrive à maintenir le cap même à travers les scènes de tempêtes.

« Blackbird » ne présente pas l’euthanasie comme une solution soit blanche ou soit noire, mais il introduit ce thème à travers des personnages traversant les différentes étapes de l’acceptation ; c’est alors eux qui sont les émissaires des différentes problématiques de ce choix. En effet, le mot « euthanasie » n’est même jamais utilisé dans le film. Toutefois, dès la première séquence il est évident que Lily est très malade et qu’elle est fatiguée de se battre. Alors qu’elle a du mal à descendre de son lit, mettre sa robe de chambre et ses chaussons, sa colère est palpable. Dès cette première image, il est clair que le remake du film Danois, "Silent Heart" (2014), va être difficile à regarder.

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Susan Sarandon - Copyright Metropolitan FilmExport

Le sujet dicte nos émotions, et Susan Sarandon devant la caméra de Roger Michell livre une immense performance. Elle ne va jamais trop loin, malgré les restrictions, son personnage ne tombent jamais dans l’apitoiement. Chacun des personnages est mis en avant sous une lumière différente. La Jennifer un peu coincée de Kate Winslet hérite cependant du meilleur arc narratif avec un personnage qui s’épanouit en découvrant les secrets les plus imperceptibles au sein de sa famille. A l’inverse, le personnage d’Anna, interprété brillamment par Mia Wasikowska passe d’un comportement excessif à quelque chose de plus subtil et de ce fait touchant et lumineux.

Kate Winslet est accompagnée de Rainn Wilson dans le rôle d’un époux bien brave. Son personnage n’échappe pas à l’évolution générale et passe du personnage secondaire un peu inutile, à celui du second rôle qui a quelque chose d’important à dire. Anson Boon, dans la peau du petit-fils de la famille, se révèle, de son côté, être le cœur et l’âme du film.

En face d’une Susan Sarandon douce, chaleureuse, sympathique et désespérément humaine dans son combat contre la maladie. Elle entre dans le film avec un bras tendue au ciel, comme fleurissant du cadre par le bas. Elle s’étend, mais pas totalement, dû aux limitations physiques de sa maladie. Il est indéniable que son personnage souffre de cette situation invalidante, ce qui par conséquence confirme bel et bien cette décision difficile qui est au cœur du film. Cependant, nous découvrons à chaque plan une mère de famille qui sait rester forte, et radieuse malgré cette fin qui approche. A ses côtés, quel choix merveilleux du casting de Sam Neill, en mari aimant et en paix avec le choix de la femme qu’il aime.

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Le casting de Blackbird - Copyright Metropolitan FilmExport

La force principale de "Blackbird" réside dans cette palette de personnages aussi sublimes les uns que les autres dans cette douloureuse épreuve. Un autre personnage très important à mon sens se trouve être cette maison de la côte anglaise. Une sublime demeure, mêlant l’âme d’une vieille bâtisse avec d’immenses espaces clairs et contemporains, trouvant parfaitement sa place au cœur du large cadre de Mike Eley.

La grâce et le sens du détail de Roger Michell en fait le réalisateur parfait pour ce film. Il est vrai que sur le papier un scénario tel que celui-ci aurait pu vite tourner au mélodrame dès les premières secondes. Mais grâce au savoir-faire de Michell, de son directeur de la photo Mike Eley et de ses acteurs, "Blackbird" fonctionne admirablement bien. Avec un troisième acte dans lequel les émotions se mélangent ainsi que les révélations. L’avalanche de l’arme évitée jusqu’alors est même la bienvenue ici. C’est après tout un film traitant de la « fin », et ces dernières sont souvent tristes. Susan Sarandon est une force tranquille, et la fin du film arrivant vous regarderez les dernières images à travers un voile de larmes. "Blackbird" est bien plus qu’une tragédie, c’est aussi le rappel qu’il y a bien plus à vivre, même au milieu d’un drame personnel.


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