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Blanche Neige et le Chasseur : Bel ouvrage !

Critique de Blanche-Neige et le chasseur

par Gabriel Carton

Ce Blanche Neige Universal sonne comme une belle réplique au Chaperon Rouge Warner (joliment mis en scène par Catherine Hardwicke), et c'est à Rupert Sanders qu'on le doit. Il s'agit là du premier film de Sanders, qui est ce qu'il convient d'appeler un fils de pub. Vendu comme une adaptation sombre et heroic-fantaisiste du conte des frères Grimm, « Blanche Neige et le chasseur » peine pourtant à trouver le ton juste à adopter. Là où Michael Cohn s'autorisait de temps à autre à donner dans l'horreur pure avec sa version du conte en 1997 (la méchante reine arborait alors les traits de Sigourney Weaver), Sanders se montre quelque peu timide et ne fait qu'effleurer les rivages sombres que l'on s'attendait à découvrir.

Il faut croire que la saga « Twilight » continue d'influencer le cinéma fantastique mainstream, et il est dommageable pour celui-ci que les réalisateurs n'en retiennent le plus souvent que le « light ». Mais ce que « Blanche Neige et le chasseur » vole à « Twilight » est bien plus intéressant : Kirsten Stewart, même si l'idée de la faire passer pour plus belle que Charlize Theron semble saugrenue. La jeune femme donne parfaitement la réplique à son aînée et confirme sa présence durable sur le territoire. Charlize Theron, imposante, écrasante, sublime dans ce rôle odieux qu'est celui de la marâtre, offre une performance magistrale. Féline, toute en menace feutrée et en haussement de voix impérieux, la reine bouffe littéralement l'écran à chacune de ses apparitions. C'est à ces occasions que Sanders laisse éclater un peu de l'horreur qui aurait dû noircir une plus grande partie du film, mais la brièveté et la rareté de ses instants horrifiques les rendent d'autant plus appréciables.

Le film donne aussi l'occasion de s'apercevoir d'un talent qu'il nous était permis d'ignorer jusque qu'alors, celui de Chris Hemsworth (« Thor »), qui interprète le chasseur du titre, engagé par la reine pour retrouver Blanche Neige, mais qui finira par s'allier à la jeune femme. Dans une scène où l'homme laisse parler ses émotions, Hemsworth délivre avec sincérité un discours d'une intensité dramatique telle qu'il aurait suffi à lui seul à ressusciter la pauvre Blanche Neige empoisonnée par la pomme, si un baiser n'avait pas été la méthode usitée. Au reste du casting, ce sont les nains qu'il convient de citer car la bande de petits mineurs compte à elle seule quatre des grands noms du casting : Bob Hoskins, Toby Jones, Nick Frost et Ray Winstone. A des lieues pourtant de leurs homologues disneyens, les nains sont les seuls personnages à intégrer l'humour à leurs répliques. Un parti pris qui les cantonne au second plan, ce qui nuit quelque peu à l'appréciation du jeu des acteurs, tous excellents pourtant, et surtout Brian Gleeson, qui joue l'adorable Gus que l'on ne verra que trop peu.

Ce très beau casting évolue dans une ambiance versatile : la forêt noire est très sombre, le territoire des fées est très féérique. Cet aspect donne au film un caractère bâtard encore plus étrange : au sein de la même œuvre se côtoient petits oiseaux enchanteurs et corps mutilés. La non mise en valeur de marqueurs identitaires n'est pas sans rappeler le parti pris, à peu près identique de Hardwicke pour son Chaperon Rouge. Ce n'est pourtant pas James Newton Howard qui aurait renié une atmosphère plus « dark », lui qui a écrit pour l'occasion un score brillant dans ses évocations du mal et de la mort (la musique qui accompagne les consultations du miroir par la reine Theron donne des frissons).

Si l'on peut reprocher au film cette indécision quant au ton à adopter, on peut lui reconnaître de ne s'abîmer dans aucun d'eux et de tirer le meilleur des deux partis. Il n'y a qu'à voir la scène finale, qui n'est rien d'autre qu'une négation de climax, un anti point d'orgue, autrement plus subtile que n'importe quel baiser ou mariage de conclusion. Encore une similitude que « Snow White and the Huntsman » partage avec « Red Riding Hood » : se clore sur un échange de regard, bien plus évocateur que tous les « ils vécurent heureux » du monde. Il aurait suffi au film d'être un peu moins lisse pour prétendre à une pleine et entière réussite, mais avec ce premier long métrage, Rupert Sanders s'en vient frapper aux portes du box-office d'une bien jolie façon.

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