10 juillet 2020
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Blood Diamond : L’espoir est éternel

Le diamant représente la pureté, l'éternité, un talisman. C'est aussi un symbole de richesse, d'amour, de glamour. Notre vision de ce dernier pourrait bien changer après avoir vu "Blood Diamond", les diamants du sang, les diamants de la guerre, le nouveau film d'Edward Zwick. Produit par la Warner, le film est associé à une opération d'Amnesty International pour lutter contre la production et le trafic de tels diamants, véritables enjeux de guerre au même titre que le pétrole ou l'or, ainsi que la lutte contre les enfants soldats.

L'abondance de bons sentiments et de film grand spectacle ne font pas toujours bon ménage avec le film politique. Edward Zwick a trouvé une bonne alchimie entre les deux ingrédients de "Blood Diamond". Dans son côté grand spectacle, le spectateur sera plus que bien servi. Fond de guerre, explosion, évasion, courses poursuites, histoire d'amour et d'amitié, personnages que tout oppose et qui finalement s'associent pour le meilleur et surtout ici pour le pire.

On reprochera un scénario cependant un peu trop balisé et bien trop lisible et un film un peu trop long (2h 20 quand même, quelques passages coupés et cela aurait été tout aussi bien). Ce classicisme absolu aurait dû nous conduire à dire que "Blood Diamond" n'est qu'un film d'aventure de plus, rongé de surcroît par les bons sentiments. Mais, au contraire, le film fonctionne. Cela est sans conteste du à sa qualité photographique et scénique mais aussi à son interprétation exempte de tout reproche.

On retrouve Leonardo Di Caprio, qu'on avait récemment vu dans "Les Infiltrés" de Scorcese. L'acteur est visiblement aussi à l'aise à New York qu'en pleine Afrique noire. Son personnage Archer, ex mercenaire, s'est mis à son compte. Il n'en a que pour l'argent. En face de lui Djimon Hounsou/Salomon qui est tout son contraire. Pécheur, il rêve d'une vie simple et paisible. Je dois dire avoir eu pour lui un véritable coup de cœur. Que di Caprio soit très bon n'est plus une surprise, Hounsou est lui aussi très juste. Son personnage est un mélange de douceur extrême d'un père aimant et d'un physique très athlétique. Ce contraste savamment utilisé tout au long du film donne un résultat plus que très bien. Enfin, Jennifer Connelly s'en tire plus qu'avec les honneurs dans le rôle d'une journaliste de guerre idéaliste.

L'aspect bons sentiments est totalement accepté parce que l'autre pan du film est tellement lourd que cela nous permet de respirer et d'espérer un peu. Par le conflit de Sierra Leone, "Blood Diamond" attaque en effet de front et sans concession le trafic de diamants qui finance les guerres. Ce conflit dura sept ans. Le film choisit de se situer en 1999. Les exactions sont terrifiantes. Les horreurs se succèdent. Massacres, viols des femmes, camps de réfugiés, Edward Zwick se comporte comme un documentariste de guerre, tout en nous expliquant le fonctionnement du trafic Et au delà de cette tuerie, les beaux quartiers de Londres où des diamantaires, peu regardant, s'en mettent plein les poches.

Le réalisateur avait déjà marqué par son film prémonition "Couvre feu". Il réitère ici en mettant directement en cause les plus gros diamantaires mondiaux. Caché derrière le nom de Van de Kamp, chacun identifiera le diamantaire Debeers, lequel à la suite de la sortie de "Blood Diamond" aux USA entama une campagne de contre pour exposer qu'il était clean. Le film est limpide et permettra à chacun d'entrer au cœur d'un conflit où, comme toujours, les premières victimes sont les populations. Zwick fait un parallèle saisissant entre les images insoutenables et les paysages merveilleux du continent africain, entre le paisible et le chaos. Le film obtiendra une mention spéciale sur la question des enfants soldats. Il montre comment de jeunes garçons, voire très jeunes, sont enlevés de force à leur famille, endoctrinés, drogués, fabriqués en machine de guerre prête à tuer. L'innocence enfantine n'est plus qu'une petite expression dénuée de sens.

Si "Blood Diamond" est dans son récit, une fiction, il est en revanche sur le fond très proche de la réalité. La lutte contre les diamants du sang, notamment organisée par Amnesty international, a conduit à la création d'un protocole en 2002 : Le processus de Kimberley. Ce dernier tend à l'engagement de tous les maillons de la chaîne diamantaire et vise à établir une traçabilité de la provenance des diamants. Ce processus est devenu effectif en 2003. Il n'est pas sans faille. Les diamants ivoiriens par exemple sont vendus par les pays voisins qui ont ratifié le protocole. Ils sont ainsi incorporés dans la chaîne de production et blanchis. Néanmoins, le protocole semble aujourd'hui donner quelques résultats notamment en Sierra Leone. La France n'est pas directement impliquée par le trafic, n'important pas de diamant brut. Mais l'Europe l'est, les deux plaques tournantes du diamant se trouvant à Londres et à Anvers. A ce titre, Amnesty international prie tous les consommateurs de réclamer le traçabilité du diamant acheté en bijouterie, et d'avoir une attitude citoyenne si le bijoutier ne peut justifier la provenance de ses produits, comme n'étant pas des diamants de la guerre.

Au-delà de la politique, il y a le cinéma. Lorsque celui-ci est de qualité, et qu'il produit des films dits nécessaires, on ne saurait se passer du plaisir de se divertir. Ce dernier est totalement préservé dans "Blood Diamond". Alors pourquoi bouder son plaisir ?

Auteure :Magali Contrafatto
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