24 janvier 2022
Critiques

Blood Father : Critique

Sylvester Stallone avec "Rocky Balboa". Mickey Rourke et "The Wrestler". Jean-Claude Van Damme avec "JCVD". Décidément, la case auto-fiction est devenu le passage obligé pour n'importe quel tough guy des 80's désireux de revenir sur le devant de la scène. Un constat finalement logique. Surtout, quand on réalise que la fragile suspension d'incrédulité du cinéma d'action dépend de la capacité des acteurs qui le représentent à traduire viscéralement les situations extrêmes vécues à l'écran. Or, quoi de mieux que de parler de soi pour crédibiliser un héros bigger than life infusé par le vécu de celui qui l'incarne ?

Après une traversée du désert de 10 ans plutôt avare en points d'eau potables, c'est fort logiquement que Mel Gibson emprunte une voie qui a été plutôt souriante pour ses collègues avec "Blood Father". Voici son grand retour vendu comme tel et qui fait à peine semblant de défendre un alibi narratif qui fait très fort du pied au parcours de sa star déchue. Jugez plutôt du synopsis : un ancien taulard alcoolique repenti en quête de rédemption renoue avec la violence qu'il essayait de refouler le jour où sa fille à qui il ne parlait plus vient lui demander son aide. Bref, du sur-mesure pour une petite catharsis salvatrice et évocatrice comme seule le cinéma américain sait en produire.


On ne reprochera pas à "Blood Father" de se nourrir ostensiblement du passif d'un acteur qui a toujours joué à cœur ouvert sur ses rôles les plus marquants. On se montrera en revanche plus perplexe sur l'insistance du réalisateur Jean-François Richet à mettre cet élément en avant, jusqu'à en faire le seul argument d'un film qui se montre rarement conscient de ce qu'il est en train de raconter.

Handicapé par un scénario qui semble n'avoir jamais passé le cap des relectures, "Blood Father" donne en effet l'impression que tous les personnages jouent dans un film différent faute de réussir à harmoniser les tons et de ménager une cohérence à leurs trajectoires. A titre d'exemple, le personnage de la fille de Mel Gibson, qui est présentée comme une jeune fille de bonne famille peu habituée à la violence, mais qui continue de se comporter comme une gamine insouciante et espiègle après avoir tué un homme et s'être fait tirer dessus par des tueurs de cartels mexicains.

Difficile de se sentir concernée par le sort des personnages et, il ne faut pas compter sur Jean-François Richet, qui règle tous ses enjeux en champ-contre/champ à un mot par plan et à la scénographie inexistante, pour habiter un film qui navigue désespérément à vue. Pire, le réalisateur ne semble jamais aux contacts des besoins intrinsèques de son film, comme lorsqu'il gave Gibson de dialogues paraphrasant avec une lourdeur confondante la mise en abyme à l'œuvre, quand bien même son personnage répondait à l'archétype du repenti taiseux… Et que l'acteur lui-même s'est toujours distingué par sa propension à faire parler les silences et à s'épanouir dans le minimalisme.

Véritable cas d'école de ressources de premier ordre gaspillées, "Blood Father" s'autorise pourtant ici et là quelques beaux passages, qui témoignent du film qu'il aurait pu être s'il s'était donné les moyens d'embrasser son sujet plutôt que d'essayer de combler ses carences avec son discours méta-textuel persistant. A savoir ce portrait de l'Amérique primitive oubliée par la modernité, vectrice d'une mythologie déclassée cantonnée dans des mobiles-home délabrées et des pénitenciers de haute sécurité où elle dépérit dans l'indifférence de la « génération Instagram ».

Un thème véritablement passionnant et un terreau frappé du sceau de l'évidence pour incarner la sauvagerie anachronique de son interprète principal, mais qui n'existe que de manière trop sporadique pour convaincre. Quant à Mel Gibson, il n'a d'autres options que de dérouler le catalogue du petit Gibson illustré pour habiter son personnage. Au point de donner le sentiment parfois qu'il jouait l'histoire de quelqu'un d'autre. Embêtant pour un film censé parler de lui…

Auteur :Guillaume MéralTous nos contenus sur "Blood Father" Toutes les critiques de "Guillaume Méral"

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