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Blueberry : Un Autre Monde

Délire sous LSD du réalisateur ou expérience inédite à la découverte du Chamanisme ?... Une chose est sûre, ce "Blueberry" risque fort de déconcerter et de diviser l'opinion… Les fans de la BD risquent de se demander dans quel capharnaüm ils ont sombré tant le film a pris ses distances par rapport à l'œuvre de Jean Giraud : le western n'est plus qu'une toile de fond qui sert de décor à une quête initiatique d'un genre particulier. En effet, pour venir à bout de Wally, tueur mystérieux qui cherche à s'emparer du pouvoir sacré, le marshall Mike Blueberry va devoir tenter l'expérience chamanique et affronter ses démons intérieurs.

Le film complètement débridé est une sorte d'autofocus sur l'état de transe extatique dans lequel entre Blueberry pour se connecter avec le monde des esprits. Grâce à une mise en scène culottée à l'esthétique visuelle fascinante et grâce à des effets spéciaux clipesques proprement hallucinants qui restituent les images mentales, Jan Kounen nous emmène explorer les frontières du Chamanisme. Mieux vaut aborder ce voyage vierge de toute idée préconçue si on veut pouvoir s'approprier le film. Mais, si "Blueberry" est aussi fidèle à la culture chamanique, c'est parce que Jan Kounen et Vincent Cassel (Blueberry) se sont investis corps et âme dans ce projet, et ont eux-mêmes tenté l'expérience chamanique : derrière comme devant la caméra, ils ont ainsi pu rendre concret l'impalpable…

Le film tout entier est donc imprégné de l'essence chamanique. Tout d'abord, l'Homme coexiste intuitivement avec la Nature qui est présentée dans toute sa grandeur, dans toute sa majesté. Cet aspect est marqué par les longs travelling qui soulignent l'immensité des paysages vierges et par de nombreuses scènes vues de très haut à travers le regard perçant de l'aigle planant au zénith et qui du coup, paraissent infiniment petites. La Nature est personnifiée : c'est un être vivant avec lequel l'Homme doit vivre en harmonie.

Les visions hallucinatoires créées par la prise de plantes psychotropes montrent que l'Homme est à la fois un corps et une âme : la santé extérieure et l'être tout entier de Blueberry sont l'expression de sa santé et de son bien-être intérieurs. Le voyage mystique et spirituel dont il ne reviendra que s'il ne se laisse pas dominer par sa colère et par ses peurs doit lui permettre de retrouver l'harmonie. En « sortant de son corps », il apprendra que le monde extérieur est peut-être différent mais que son paysage intérieur a les mêmes composantes que depuis toujours. Vincent Cassel fusionne littéralement avec son personnage, à tel point qu'on se demande s'il a pénétré le corps et l'esprit de Blueberry ou si c'est Blueberry qui est venu le hanter comme un fantôme. Il faut voir la force qu'il insuffle à son personnage pour mettre en exergue la fragilité de Blueberry. Il nous happe pour nous faire ressentir avec lui cette expérience sensitive et insensée.  

Fortement inspiré, Jan Kounen est habité par une esprit créatif ardent qui est ce qu'on appelle le feu sacré. Son pouvoir à transformer la vie en art ésotérique et mystique, à abuser d'images esthétisées et esthétisantes, à dilater le temps et à rendre l'espace poreux, est tout simplement bluffant… Si bluffant qu'il en parviendrait presque à endormir notre esprit critique. N'y-a-t-il pas trop de chamanisme dans tout ça ? Ce chamanisme très visuel n'est-il pas là pour camoufler la vacuité du scénario ? On attendait avec impatience le face-à-face final entre Blueberry et son ennemi juré, un duel digne de tout western qui se respecte mais il n'aura pas lieu : le conflit se résout pacifiquement et « chamaniquement » dans le monde des esprits. Quelle déception ! Au règlement de compte entre le Bon et le Truand, Jan Kounen a préféré une fin mielleuse qui voit la rédemption d'un homme et d'une femme plongés dans une eau pure en position fœtale comme avant une seconde naissance.

Tout bien considéré, je me demande si le "Blueberry" de Jan Kounen tient du génie créatif et de l'art expérimental et peut, de fait, être considéré comme une réussite "OVNIesque", ou s'il tient du trompe-l'œil hallucinogène qui finit par se révéler tel qu'il est : un vernis de façade qui en met plein la vue mais qui, une fois gratté, laisse entrevoir un squelette d'histoire décharnée...

Auteure :Nathalie DebavelaereTous nos contenus sur "Blueberry " Toutes les critiques de "Nathalie Debavelaere"

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