28 septembre 2021
Critiques

Boite noire : Un film atmosphérique

Par Alexa Bouhelier-Ruelle


Yan Gozlan est de retour avec "Boite noire". En 2018, avec "Burn Out", le réalisateur présentait quelque chose de brut avec en tête d’affiche Francois Civil. Cette fois-ci, le réalisateur retrouve Pierre Niney avec un thriller psychologique nerveux dans le monde de la BEA (Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile).

Le film nous plonge au cœur du monde de l’analyse des boîtes noires. Conçu tel un thriller avec un mystérieux puzzle où la quête de vérité est éprouvée par les mensonges, les dénonciations, la corruption et autres complots de grandes entreprises.

Une enquête à rebondissements

Avec un scénario, auquel aura notamment participé Jérémie Guez (écrivain, réalisateur de " Sons of Philadelphia"»), ce projet onéreux démontre l’ambition d’un cinéma français qui refuse de se laisser dicter les codes du thriller industriel. Sans jouer la carte du spectaculaire, "Boite noire" se révèle être un film d’enquête aux multiples rebondissements et aux allures documentaristes.

"Boite noire" est un long-métrage qui questionne le rôle de l’humain face à une mécanisation de plus en plus sécuritaire et exponentielle (dans la lignée du dernier Todd Haynes, "Dark Waters"). Ceci tout en remettant en cause les certitudes de son personnage, en proie à ses pires démons, voyant son obsession pour ce crash s’accentuer jusqu’à en perdre tout contrôle sur sa vie.

"Boite noire" accroche par son suspense et par l’interprétation, une nouvelle fois sans faille, de Pierre Niney. Citons également de solides seconds rôles portés par Lou de Laâge, André Dussollier et Olivier Rabourdin. En effet, face à Pierre Niney, tout dans l’hypersensibilité et l’acuité acoustiques, on retrouve dans le rôle de son épouse : Lou de Lâage, un alter ego féminin déterminé et hitchcockien dans sa force blonde de femme moderne qui offre bien des mystères.

Au lieu de faire de ce long-métrage, un unique film d’écoute, le récit va petit à petit se porter à la fois sur Matthieu, et sur ce milieu de l’aviation civile. Ce dernier, méconnu du grand public, dissimule bien des intérêts, des personnages secondaires mystérieux, tendancieux et de multiples compromissions.

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Une expérience sensorielle

Tel "Le Chant du loup", "Boite noire" met en scène un personnage principal à l’ouïe incroyable. Il est un analyste en acoustique, lui permettant d’entendre des choses, des bruits, des résonances et de comprendre des situations que le commun des mortels ne pourrait saisir. Comme dans le film d’Antonin Baudry, celui de Yann Gozlan arrive à faire de cette qualité narrative un puissant pouvoir cinématographique tant dans le fond que dans la forme : allier l’image et le son avec un mixage impressionnant. Un effet déjà utilisé dans ses précédents films. Notamment "Burn Out " qui créait une sensation d’étouffement en nous plaçant dans la bulle du motard qui y roulait à grande vitesse. Évidemment, l’effet est ici démultiplié par le personnage pour qui le son est primordial.

Le résultat crée ainsi une tension perpétuelle et fait de "Boite noire" un vrai film à voir en salle. Et ce, en dépit d’une absence de spectacle visuel à proprement parler. Toutefois, Gozlan n’a pas besoin de se lancer dans une mise en scène virtuose, à l’exception peut-être d’un passage. Au contraire, sa sobriété est ici une de ses qualités tant elle se montre complémentaire avec le sujet présenté avec un profond réalisme.

"Boite noire" est un pur moment de cinéma à la fois atmosphérique et sensoriel, aussi bien dans son rapport intime avec le son et l’analyse sonore, que dans les doutes et les vertiges légitimes de son héros à l’ouïe surhumaine. Le film tutoie du bout de la pellicule, les merveilleux thrillers paranoïaques et conspirationnistes des 70's, épousant avec habileté les règles du genre tout en prenant au sérieux l’intelligence de son public (on pourra notamment penser à "Conversation Secrète" de Francis Ford Coppola avec Gene Hackman).

Avec son ambiance de thriller à la lisière de l’horrifique et sa caractérisation aux contours paranoïaques, "Boite noire" s’agence avec minutie. On appelle ça une réussite, tout simplement ! Un rendez-vous à ne pas manquer dans les salles en ce mois de septembre.

Crédit photo principale : Thibault Grabherr

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