19 janvier 2022
Critiques

Boulevard : Le coquard qui réveille à 60 ans

Le dernier film de Robin Williams, mort en 2014, nous a ému. Contempler cet acteur célèbre nous offrir une prestation pleine de modestie est touchant. De faite, son jeu prend une teinte personnelle dès lors qu'il interprète un vieil homme de 60 ans qui regarde avec regret dans son rétroviseur. Paradoxalement, cependant, c'est ce doute qui permet à Robin et à son personnage de se propulser en avant.

La répétition des séquences rend compte de la vie routinière du couple que forment Joy (Katty Baker) et Nolan (Robin Williams). La roue du temps tourne entre les repas de ce dernier avec son ami Winston (Bob Odenkrik), les visites à son père hospitalisé, l'emploi de banque qu'il exécute sans se plaindre depuis 26 ans, la télévision dans laquelle sa femme noit son ennui. Sur le trottoir  d'en face, Léo (Roberto Aguire) subit, lui aussi, son propre formatage. Le gigolo prononce mécaniquement ses tarifs, multiplie les clients.

L'impact perturbe la situation initiale. Le film traite alors des dommages collatéraux que cela entraîne. En plus de cette rencontre, le film explore donc avec calme de nombreux sujets d'actualité : le mépris croissant de la société pour les personnes âgées, la peur des relations sentimentales (plutôt que charnelles), les problèmes matrimoniaux etc.

A la routine répond alors l'attrait de la route. En effet, par son mouvement, chacun des personnages permet aux autres de dévier d'une voie conventionnelle qui ne leur correspond pas, c'est parce qu'en chacun dort le désir « d'être ailleurs »… Dans un motel. Sur une croisière. Qu'importe… Chaque travelling-avant sur un visage allie alors le mouvement, l'évolution d'un personnage et l'intensité du gros plan.

Cette envie « d'être ailleurs », tout film cherche à l'assouvir. Les trajets nocturnes en voiture, plus particulièrement, embellissent la ville. Musique électronique et lumière des lampadaires qui défilent rythment de concert ces séquences. Nous contemplons d'autant plus les paysages que les lumières artificielles se réverbèrent sur les vitres comme sur un écran de cinéma.

Pour autant, le film ne fait pas son cinéma. L'acceptation de soi par le déplacement initiatique sur  le boulevard focalise notre attention. Les nombreuses ellipses, les flous intentionnels de l'arrière-plan ou du premier plan, les fondus en noir qui s'enchaînent transmettent la défaillance – celle du désir juvénile et celle de la vieillesse. De même,  Nolan et Joy n'ont pas seulement des vies séparés, des chambres séparés mais ils sont aussi séparés dans le cadre par des cloisons.

"Boulevard" de Dito Montiel est donc un film cinématographique ainsi qu'un film dramatique. Le jeu sur les miroirs le montre bien. D'un côté, ils manifestent la capacité du cinéma à ouvrir l'espace par l'introduction du hors-champ. Ainsi, ils déploient la contemplation de « l'ailleurs ». De l'autre côté, ce jeu montre la terrible importance que le couple accorde à son reflet, son image : un mariage heureux basé sur la dévotion mutuelle.

Heureusement, Winston vient rappeler qu'il n'est jamais trop tard pour être celui qu'on souhaite (« It's never too late to be what you want … ») sans tomber dans une démagogie pesante pour le spectateur en ajoutant que ce n'est peut-être que des conneries («… or maybe it's just bullshit »).
Auteur :Coline Devaux
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