24 janvier 2022
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Bowling : Optimisme bon enfant

Après une prolifique carrière de productrice pendant laquelle elle offrit notamment au Cristolien Lucien Jean-Baptiste l'opportunité de passer derrière la caméra, et avec le succès que l'on sait (rappelez-vous la performance au box-office de «la première étoile »), Marie-Castille Mention-Schaar s'est lancée à son tour dans la réalisation. Son baptême du feu relatait les émois naissants et tragiques de deux adolescents ("Ma première fois"). Son second opus, "Bowling", est le fruit incestueux entre le film social et la success story. Louchant par là même avec tout un pan du cinéma britannique.

A la vision de "Bowling", on ne peut s'empêcher de penser au formidable "Les Virtuoses" de Mark Herman (avec le regretté Peter Postelwaithe). Le jeu de quilles remplace ici la chorale. Toutefois, le principe reste identique. L'activité annexe forge la cohésion d'un groupe avant que la crise économique (ici la fermeture de la maternité de Carhaix, là la crise de l'industrie minière) ébranle la vie de ses protagonistes et au-delà d'une région entière. L'ancrage local, la Bretagne finistérienne, est pleinement exploité par le scénario.

Plein gaz sur les clichés séculaires ! L'autochtone est d'un abord difficile, mais il gagne en humanité à la longue. Les paysages donnent lieu à des moments de respiration de bon aloi. Le nationalisme celte sert de combustible à la lutte sociale. Le centralisme est le moteur de l'incompréhension d'une bureaucratie inhumaine. Mais nous ne sommes pas dans une grille d'analyse marxiste. C'est uniquement la sauvegarde du terroir face à la mégapole brestoise qui est en jeu. L'union sacrée de l'ensemble de la population du bourg et la réconciliation de ses puissances dominantes, syndicats, église, mairie, permet d'occulter (provisoirement ?) les conflits idéologiques.

Servi par des interprètes féminines (Mathilde Seigner, Catherine Frot et Firmine Richard) d'autant plus impliquées qu'elles ont participé au scénario, le propos en ressort grandi. L'écueil est bien évidemment que chacune se cantonne parfois à naviguer dans les eaux tranquilles du déjà-vu. Mathilde est la grande gueule de service. Catherine, la coincée qui intériorise ses sentiments. Quant à Firmine, comme souvent, elle endosse la défroque de l'Antillaise sympathique et bonne vivante. Du coup, les bonnes surprises de la distribution viennent d'acteurs moins souvent sous les feux de la rampe. Mathias Mlekuz, par exemple, qui mériterait que son talent, hautement apprécié à la télévision ("Nos enfants chéris", "Nicolas Le Floch") éclate enfin dans les salles obscures. Les rapports sont justes, l'humour fin et les situations crédibles.

Le maillon faible est et demeure l'optimisme bon enfant de l'ensemble. Le conflit social est volontairement édulcoré. Le côté, « tout le monde il est beau, tout le monde, il est gentil » et ce, sans l'ironie placide d'un Jean Yanne, rend l'ensemble à la longue bien naïf. Cependant, somme toute, le cinéma populaire a pour mission d'apporter un peu de ciel bleu surtout en cette époque bien troublée. Admettons-le, "Bowling" atteint pleinement sa cible. Ce n'est pas si mal par les temps qui courent.

Auteur :Régis Dulas Tous nos contenus sur "Bowling" Toutes les critiques de "Régis Dulas"

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