23 juillet 2019
Critiques

Boy Erased : Garçon Maudit

La critique du film Boy Erased

Par Auxence Magerand

Basé sur les mémoires de Garrard Conley, "Boy Erased" relate l'adolescence chaotique de Jared (Lucas Hedges), fils de pasteur qui découvre son homosexualité. Au cœur de l'Amérique puritaine, il est forcé de suivre une thérapie de conversion, sous peine d'être rejeté par sa famille et sa communauté religieuse.

"Boy Erased" se fait le témoin d'une réelle pratique pseudo-scientifique révoltante : les « conversion camps » se proposent de soigner les jeunes adultes de leurs pulsions marginales. Dans le film, la thérapie glorifie intensément les normes hétérosexuelles et virilistes – les injonctions à se comporter « en homme » sont nombreuses – à travers l'auto-persuasion.

« Fake it until you make it », répète ainsi inlassablement le chargé de thérapie Victor Sykes (Joel Edgerton, également réalisateur). Le conflit intérieur de Jared est donc permanent : lui qui aimerait se conformer aux canons sociaux et bibliques pour satisfaire ses parents, tente sans cesse de refouler ses fantasmes.

On constate dans "Boy Erased" un soin particulier à l'écriture des rôles. Lucas Hedges est troublant en adolescent timide et perdu, Nicole Kidman est crédible (pour une fois) en mère docile qui s'émancipe de l'influence de son mari (Russell Crowe).

russell-crowe-boy-erased
Toutefois ce sont les rôles secondaires qui impressionnent, évocateurs discrets de problématiques adjacentes. Le personnage muet de Lee (Emily Hinkler) par exemple, semble faire allusion aux assignations forcées de genre, imposées aux personnes inter-sexes. On notera également la présence de Xavier Dolan, en patient traumatisé par le contact masculin.

Si le sujet est parfois étouffant, la réalisation est effacée et feutrée, à l'image de son personnage principal. "Boy Erased" cherche en effet principalement à dénoncer l'institution aliénante et destructrice, rappelant dans un dernier intertitre que 36 états américains n'ont toujours pas interdit cette pratique abjecte.

Dans un geste humble et touchant, "Boy Erased" adresse une piqûre de rappel sur la situation actuelle des personnes LGBTQIA et milite pour l'acceptation de soi.

Tous nos contenus sur "Boy Erased"
Toutes les critiques de "Auxence Magerand"

ça peut vous interesser

Portrait de la jeune fille en feu : Flamme éternelle

Rédaction

Once Upon a Time in Hollywood : Western Coquillettes

Rédaction

Carnets de Cannes n°6 : Travailleuses du sexe

Rédaction