22 janvier 2020
Critiques

Brooklyn Affairs : La critique du film

Par Alexa Bouhelier Ruelle


Depuis presque 20 ans, Edward Norton essaie de réaliser un projet qui lui tient particulièrement à cœur, l’adaptation du livre de Jonathan Lethem sorti en 1999 : « Motherless Brooklyn ».


Malgré quelques indécisions, "Brooklyn Affairs” est un triomphe stylistique clair, preuve de l’ambition de la part de son auteur-réalisateur-producteur-star Edward Norton. On pourrait penser qu’avec autant de casquettes, Norton prendrait aussi peu de risques que possible, en restant proche du roman. Mais ici, ce n’est pas le cas. Il transpose l’histoire de ce détective privé atteint du syndrome de la Tourette dans un cadre qui se déroule non pas dans les années 90 comme dans le livre, mais bel et bien dans les années 50 à New York. Ce film noir accompagné de nombreux détails sur l’époque ne devrait pas décevoir les plus fervents fans du livre de Jonathan Lethem.

"Brooklyn Affairs” n’a rien à envier à l’intelligence du roman dont il est adapté. Le film bouillonne de thèmes plus intéressants les uns que les autres : l’histoire, la politique, les rénovations urbaines, le racisme, mais aussi les petits challenges du quotidien pour les personnes atteintes de handicap. Tout cela, avec un charme et un humour qui en ferait presque oublier leur noirceur originelle.


Des tocs au service du scénario 

Edward Norton incarne « Brooklyn », surnom pour Lionel Essrog, aussi connu comme « Bête de foire », car atteint du syndrome de la Tourette. Son personnage est sous les ordres de Frank Minna (Bruce Willis). La mort de ce dernier sera le point de rupture qui mènera Lionel dans une course folle pour découvrir la vérité sur ce qu’il se passe réellement dans les rues de New York. Pour Edward Norton, qui a mis un point d’honneur à accepter des rôles complexes, les tocs schizophréniques de Lionel Essrog sont un nouveau défi, et une variation incroyable dans ses rôles précédents et de l’archétype du héros traditionnel.

L'idée de créer un film noir autour d’un personnage aussi peu conventionnel est brillante. Jonathan Lethem  avouait lui-même lors de la sortie de son livre qu’il ne connaissait rien au syndrome de la Tourette avant de faire ses recherches. Tombant sur une étude de cas du Dr. Oliver Shacks, lui vient cette idée unique d’utiliser la maladie comme atout. En prenant comme protagoniste un être capable de se rappeler des plus petits détails ou de chaque mot prononcé lors d’une conversation, le handicap devient en quelque sorte un super pouvoir. Ce, même si le handicap et les tocs de Lionel servent plus à faire avancer le scénario qu’à l'acceptation des personnes atteintes par cette maladie.

Edward Norton s’allie à un ensemble d’acteurs brillants comme Bruce Willis, Willem Dafoe, Cherry Jones et Alec Baldwin, dans le rôle du grand méchant Randolf Moses. Baldwin, que l’on a plus l’habitude de voir dans la peau de Donald Trump au « Saturday Night Live », transcrit les idées avant-gardistes d'un adepte des changements urbains en abus de pouvoir, un parallèle aux problèmes de notre société actuelle.
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Gugu Mbatha-Raw - Copyrights Warner Bros Ent.
En plus d’être un film noir classique dans son esthétique, "Brooklyn Affairs" est aussi une leçon d’histoire sur le racisme institutionnel aux États-Unis, sur la corruption et la gentrification de la société américaine. Même si les dialogues s’épaississent un peu au début du deuxième acte, il est remarquable que le fil rouge de cette conspiration soit tissé si clairement qu’il reste pleinement compréhensible.

Saluons également l’intelligence des acteurs qui infusent leurs personnages d’humour et de sarcasme. Même les scènes les plus sombres deviennent alors plus légères grâce à une petite remarque ou un regard, des caractéristique que l’on retrouve souvent dans les films de détective classique. Ce genre de films où l’on voit le personnage arriver dans une pièce précédée par une immense ombre projetée sur le mur.

Le choix des thèmes et la sélection des collaborateurs d'Edward Norton est impeccable. De plus, la bande originale de Daniel Pemberton et Wynton Marsali, écho au style d’Elmer Bernstein, est fraîche et propose une interprétation appropriée du jazz classique de cette époque. Norton fait appel à Joe Klotz, directeur de la photographie incroyable qui fluidifie le film avec des clair-obscurs surprenants.

Toutefois, plus important encore est la nature décidément politique du projet de Norton et le fait que le film utilise à la fois le point de vue du détective classique, mais apporte aussi son regard sur des sujets plus sociaux. "Brooklyn Affairs" n’est pas un film parfait. Cependant, avec son style et son intelligence, la passion d’Edward Norton transparaît réellement. 

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