7 décembre 2021
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Bruce Tout Puissant : Sans saveur !

Après un passage remarqué autant que surprenant dans des rôles plus consistants que les habituelles jacqueries auxquelles il semblait abonné, on dirait que Jim Carrey retrouve ses premières amours avec "Bruce tout puissant"...

Oubliés ses personnages de "The Truman Show", de "The Majestic", et surtout de "Man On The Moon", voici le retour de l'insupportable grimaçant... Sur un scénario pas si original que cela (un homme investit des pouvoirs de Dieu), Shadyac nous livre un film bêtement consensuel. Mais quoi de plus consensuel qu'une grosse production américaine de studio ? Il ne faut choquer personne, faire rire sans faire grincer de dents, et puis, au passage, servir la soupe à l'idéologie dominante et conservatrice.

Ici, "le travail est une valeur qu'il ne faut pas mépriser, mon fils", les femmes qui ont une position sociale intéressante sont obligatoirement des garces manipulatrices, alors que la niaiseuse Jennifer Aniston qui se contente de sa condition est une sainte. Car le propos principal de "Bruce tout puissant"  est bien là : il n'y a pas d'ambition, il n'y a que de l'arrivisme. Bruce en est déjà coupable avant d'attirer l'attention de Dieu sur lui, et ce trait de sa personnalité ne fait que s'accentuer lorsqu'il est doté de pouvoirs surhumains.

Alors, certes, la comédie désamorce tout, et il y a bien quelques moments qui font rire dans Bruce Tout-Puissant, comme le moment où les grimaces de Carrey sont moins insupportables qu'à l'accoutumée parce qu'il les fait par procuration, mais ces brefs moments d'humour cachent mal un discours moral vieillot. Bruce atteint à la félicité dans sa vie privée quand il se contente de mettre ses ambitions (légitimes) dans sa poche, et accepte de laisser la volonté de Dieu présider à son destin ; où est donc le libre-arbitre que feint de respecter ce cher bon dieu joué par Morgan Freeman ? Pour peu on pourrait presque penser que ce film participe de tout ce nouveau courant visant à promouvoir la bigoterie par des supports qui plaisent aux jeunes (groupes de rock chrétiens, marques de vêtements de skate chrétiennes, etc...). Mais ce serait peut-être voir le mal partout, pardon seigneur...

Un de mes maîtres à penser n'avait de cesse de répéter qu'il est erroné, à quelques exceptions près, de parler d'auteur dans le système hollywoodien qui place l'intérêt du studio, et non celui du réalisateur, au centre de sa dynamique. Rien d'étonnant donc à ce qu'un film, produit de dizaines d'individualités (des scénaristes au réalisateur, en passant par les dirigeants du studio qui le produit), soit traversé d'autant de discours contradictoires affleurant à un moment ou à un autre. Sam Raimi, par exemple, est fort au petit jeu de faire affleurer, dans de grosses productions a priori impersonnelles, ses préoccupations pas si consensuelles que cela (revoyez donc "Spider-Man").

On peut mettre sur le compte de ce phénomène le petit pic envoyé aux médias manipulateurs dans "Bruce tout puissant". Ainsi, quand Bruce se demande comment reconquérir l'amour de sa fiancée sans influer sur son libre-arbitre, il use du matraquage médiatique par les biais de la radio et de la télévision... Petit espace aménagé à un discours un tantinet subversif dans ce film, mais c'est une bien piètre consolation...

Pour ma part, si vous voulez suivre les aventures hors du commun d'un journaliste abonné aux reportages foireux, je vous conseille plutôt de revoir l'hilarant "Jour sans Fin" avec l'excellentissime Bill Murray.

Auteur :Benjamin Thomas
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