23 juillet 2019
Critiques

Bumblebee : Un amour de Coccinelle

La critique du film Bumblebee

Par Rayane Mezioud


Rappelez-vous : fin juin 2017, on vous parlait de "Transformers : The Last Knight" en constatant que la franchise cinématographique confrontant en prises de vues réelles les Autobots aux Decepticons avait déjà dix ans.

De "Transformers" à "Transformers : L’Âge De L’Extinction" en passant par "Transformers 2 : La Revanche" et "Transformers 3 : La Face Cachée De La Lune", le porno métallique avait récolté presque quatre milliards de dollars (soit quasiment un milliard de dollars par film) dans les salles du monde entier et des critiques d’une virulence à peu près proportionnelle au pactole.

En 2007, "Transformers" avait été relativement épargné parce qu’il pouvait compter sur un univers sonore (on parle là surtout des bruitages et non pas de la partition pompière mais par endroits jouissive de de Steve Jablonsky) quasiment inédit à l’époque, d’effets visuels à faire péter les superordinateurs d’ILM sublimés par les mouvements de caméra complètement branques de Michael Bay et d’un léger esprit Amblin qui conférait un soupçon d’âme à un ensemble plein de fureur et de fracas.

C’est quand Michael Bay a voulu reproduire ce qu’il était parvenu à accomplir avec "Bad Boys 2" (à savoir une déflagration dévastatrice de mauvais goût rendue jubilatoire par une maestria visuelle dont la générosité gloutonne n’aurait d’égale que la fureur vacharde) que ça a commencé à partir en cacahuètes avec "Transformers 2 : La Revanche", invraisemblable parangon de vulgarité et de racolage tout public jamais drôle et toujours éreintant.

On ne peut pas reprocher à la franchise de ne pas porter la marque de l’auteur qui la chapeaute depuis le début. Michael Bay a beau avoir clamé qu’il en avait marre de faire dans la baston de robots, chaque épisode continuait à porter fièrement en bandoulière ses empreintes génitales (digitales conviendrait moins au bonhomme).

On peut même reconnaître que, dans leur folie des grandeurs baroque, chaque long-métrage offrait des morceaux de cinéma hallucinés et hallucinants en contrepartie de l’état d’épuisement dans lequel on quittait la salle.

Certains voient même dans cette franchise un terreau d’expérimentations fascinant. Et si on a envie de leur dire qu’alterner entre les ratios de cadre d’un plan à l’autre tient moins de l’avant-gardisme que de l’analphabétisme, on a aussi envie de leur répondre qu’elle est davantage source de débats passionnants que la plupart des bidons de lessive délavés à l’extrême qui remplissent les étalages de la superproduction hollywoodienne.

Nonobstant les cris d’orfraie systématiquement poussés par les défenseurs du bon goût, chaque suite continuait à faire pleuvoir les brouzoufs jusqu’à ce que la performance en demi-teinte de "Transformers : The Last Knight" y mette le holà.

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Hailee Steinfeld.


Si l’une de leurs dernières poules aux œufs d’or bien grasses ne parvient plus à leur fournir des bénéfices substantiels à chaque itération, c’est que l’heure de la remise en question est venue pour Paramount Pictures dont l’état financier souffreteux ne donne plus trop le droit à l’erreur. D’où ce "Bumblebee" qui, en plus d’être beaucoup moins cher, se veut plus simple en s’abandonnant totalement dans les bras de l’esprit Amblin déjà étreint il y a onze ans.

En plus, les années 80, ça fait vendre et tant pis si ça fout encore le boxon dans la continuité déjà malmenée par "Transformers : The Last Knight" puisqu’on donne au gros bourdon (non, pas Didier, celui qui roule) une nouvelle date de première arrivée sur Terre, soit la troisième.

Brouillant un peu plus encore les pistes entre redémarrage à zéro et antépisode (antépisode que le film confirme être au cours de son épilogue), "Bumblebee" démarre in medias res sur Cybertron en renouant avec des robots dont l’apparence fait fi du niveau de détail poussé à l’extrême dans les précédents films.

Le jusqu’au-boutisme était presque contre-productif tant il rendait certaines des créatures métalliques presque difficiles à reconnaître. En plus de parfois annihiler tout plaisir pouvant être éprouvé devant des scènes de transformations de plus en plus imbitables.

Au-delà d’un retour aux sources qui s’accompagne d’un arrière-goût démagogique, on peut tout de même retrouver une certaine candeur dans ces robots aux formes moins alambiquées. Cette ouverture dans laquelle rien ne doit être réel permet à Travis Knight (metteur en scène du formidable "Kubo Et L’Armure Magique" pour lequel on espérait donc beaucoup de belles choses) de montrer d’entrée de jeu sa capacité à illustrer de manière lisible et dynamique des affrontements entre des gros tout de métaux.

Une façon de filmer qui tranche avec l’esthétique du chaos qui présidait aux précédents épisodes mais qui finit, par son manque de folie et son incapacité à jouer des rapports d’échelle, par montrer ses limites lors d’un climax nocturne pour le coup difficilement lisible et chiche au point qu’on lui préférerait les harassants débordements pantagruéliques de Michael Bay.

La ligne directrice de "Bumblebee" est de reprendre la relation entre un(e) jeune et sa voiture transformable qui insufflait déjà un peu de cœur à "Transformers" et d’y aller à fond en rejouant la plupart des codes popularisés par "E.T. L’Extraterrestre".

En 2007, la relation entre le jeune et sa première voiture s’avérant être un robot se mariait de façon relativement harmonieuse avec la guerre entre Decepticons et Autobots pour offrir une variation avec son identité propre, nourrie par une fureur guerrière et grandiloquente, d’une structure classique et codifiée.

En 2018, on se contente de faire évoluer séparément ces deux histoires qui finissent par se lier plus par nécessité que par des interactions organiques. Parmi les premières victimes de cette scission, on peut citer les deux antagonistes qui auraient pu profiter de l’économie du film en robots mais qui n’ont que très peu de choses à défendre (si ce n’est un canon liquéfacteur pour l’un et la majestueusement maléfique voix de Dame Angela Bassett pour l’autre).

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John Cena.


Se voulant plus sincère et touchant, le scénario rendu par Christina Hodson finit par devenir encore plus artificiel et désincarné tant il semble avant tout mû par l’impérieuse nécessité de cocher chaque case d’un cahier des charges épais comme le bottin.

Il y aura bien quelques accolades un peu attendrissantes entre Charlie Watson et Bumblebee. Néanmoins, ces instants ne pèseront pas lourd une fois mis dans la balance face à d’interminables scènes forcées où le robot (qu’une excuse scénaristique en carton trépane rapidement parce que ça aurait été plus stimulant mais plus difficile de le faire interagir avec notre quotidien s’il avait conservé l’esprit d’un valeureux guerrier) enchaîne les bêtises comme un labrador gaffeur.

Quitte à parler des justifications scénaristiques aux conséquences trop insupportables pour leur faire le cadeau de notre indulgence, on peut aussi parler du rapport à la musique pourtant riche de potentiel s’il avait été réfléchi jusqu’au bout comme un prisme de communication aussi bien pour Bumblebee que pour Charlie Watson.

Toutefois, si ça fonctionne du côté du gros jaune (elle l’emploie quant à elle plus comme un refuge, comme un moyen de s’isoler et d’intérioriser plutôt que comme un pont vers autrui), c’est aussi une excuse pour légitimer un insupportable et ininterrompu déferlement nostalgique pour s’octroyer la complicité et la bienveillance du spectateur.

Du côté du personnage de Charlie Watson, Hailee Steinfeld déploie la pleine mesure de son talent et est suffisamment douée pour qu’on puisse séparer facilement sa performance d’une écriture qui la force à exprimer à l’oral ce que sa gestuelle et ses expressions traduisent déjà.

C’est la plus belle chose de ce décevant "Bumblebee" et quitte à parler de performance d’acteur, on peut difficilement être aussi laudatif au sujet d’un John Cena. Il n'est pas mauvais et son personnage réussit à échapper à l’archétype qui lui tendait les bras à force d’alterner entre ouverture et haine aveugle. Cependant, il ressemble à une entrecôte au milieu d’un buffet végétarien.

Si "Bumblebee" finit par ravir à "Transformers : L’Âge De L’Extinction" le titre de meilleure suite à "Transformers", c’est avant tout parce que la concurrence a été davantage occupée à entretenir sa déviance qu’à être cinématographiquement de qualité.

Bizarrement, c’est en se voulant radicalement différent de ce qui a été fait depuis 2007 au cinéma avec les Autobots et les Decepticons que l’antépisode en devient plus lisse, plus ordinaire, plus consensuel.

Comme ça fait toujours un petit pincement au cœur de voir un sauvage se civiliser, on se demande pour le coup si le salut pour cette franchise ne viendrait pas plutôt d’une folie rabelaisienne bien employée.

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