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C’est le bouquet ! : Les précieux ridicules…

La 2ème fantaisie de Jeanne Labrune ressemble en tout point à la première (Ca ira mieux demain). Un scénario en forme de jeu de massacre où s'accumulent les micro-incidents venant bouleverser la petite vie de ces personnages aussi drôles que pathétiques. Labrune s'en prend aux nouveaux riches, à la catégorie des bourgeois de gauche, inconscients de leur ridicule et de leur bêtise. Le cinéma de Jeanne Labrune (du moins ces deux derniers films) rejoint celui de Pascal Bonitzer (Encore; Rien sur Robert...) : des comédies légères écrites sous le saint patronage de Freud et Lacan où l'on parle beaucoup, où l'on pense à haute voix où le moindre événement déclenche des cataclysmes que les personnages essaient d'expliquer ou d'analyser.

Ici un coup de fil d'un ami pas vu depuis 15 ans, un bouquet de fleur qui passe de main en main, une question de géographie (Où coule le Mékong ?), une _expression mal placée (il faut appeler un chat un chat...), un monologue sur Kant en pleine négociation financière... Pour reprendre la métaphore animalière, Labrune fait souvent mouche. L'analyse est fine, le plaisir est immédiat. On se dit que l'on n'a jamais vu ça. Que ce film tranche radicalement avec toute la production française actuelle. Que Labrune possède un ton, une langue, une vraie écriture et qu'elle devrait même écrire pour le théâtre. Ces personnages très typés récitant leur chapelet à coup de convictions et de préjugés sont parfois dignes d'une pièce de Molière (Sandrine Kiberlain serait une précieuse ridicule) ou de Marivaux (Dominique Besnehard se faisant passer pour le valet de pied de Jean-Claude Brialy...). Les scènes sont parfois très drôles (l'audition au théâtre en est certainement le meilleur exemple...). Mais il faut avouer que les dialogues de Labrune, à trop vouloir être brillants, finissent par lasser, voire ennuyer et que les problèmes domestiques de ces petites gens rendent ce film totalement superficiel.

Et puis soudain, l'émotion nous prend. Une émotion qu'on n'attendait pas. Elle vient du plus beau personnage de ce film choral, celui incarnée par l'immense Dominique Blanc, actrice de génie (le mot n'est je pense pas trop fort). Derrière la fantaisie et le cynisme de cette executive woman d'une start up se cache une femme seule qui semble maîtriser la culture, les mots, les idées. Ce qui fait défaut justement à la plupart des personnages de ce film. La culture, l'émotion artistique peuvent sauver de la crétinerie. C'était déjà l'idée du Goût des autres d'Agnès Jaoui.

Rien de nouveau donc mais un film ovni (faussement superficiel ou faussement brillant, pour répondre à la question une deuxième vision s'impose...) au casting irréprochable (Jean-Pierre Darroussin égal à lui-même; Mathieu Amalric pour une fois différent...) au ton vraiment original dont l'unique défaut est d'en abuser.

Auteur :Christophe Roussel
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