21 octobre 2019
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Camille Redouble : La fraîcheur d’un vent mélancolique

Pour son sixième film, Noémie Lvvosky, prend comme postulat de départ le retour vers le passé. Et si la possibilité de revenir en arrière nous était offerte? Pouvoir revoir ses parents disparus, ses copains de lycée, ses premières amours, revivre les choses mais en sachant ce qui va se passer et avec, si on le veut, la possibilité de les changer. Ou pas. Comédie fantastique dans la lignée du "Peggy Sue s'est mariée" de Coppola ou de "Retour vers le futur", "Camille Redouble" est surtout un film plein de fantaisie et de fraicheur, un film référentiel qui colle le sourire. Une bulle d'oxygène.

Si le principe du voyage dans le passé n'a rien d'innovant, c'est en jouant Camille à 40 ans ET à 16 ans que Noémie Lvvosky apporte sa touche personnelle à un thème récurrent, et la grande force de son film est que pas un instant on n'est gêné par cet état de fait. La comédienne réalisatrice endosse les deux personnalités, celle de l'adulte qui se noie dans l'alcool et celle de l'ado qui retrouve ses émotions, avec le même bonheur, avec ce pétillement dans les yeux et ce sourire XXL qui vient illuminer son visage. Avec aussi cette mélancolie qui à plusieurs reprises vient brouiller son regard et nous mettre des trémolos dans le cœur.

"Camille Redouble" est un film léger et doux qui fait faire à chacun un voyage en arrière, car chacun peut s'identifier à ce trouble de revoir ses parents jeunes, de retrouver ses amours et ses amis alors que les relations n'en étaient qu'à leurs balbutiements. A cette période de la vie où tout est à faire et lorsque l'on connait les conséquences de nos choix, referions nous les mêmes? Si Camille se pose bien les questions, elle ne cherche pas forcément à influer sur l'avenir, elle tente juste de ne pas reproduire ce qu'elle estime être l'erreur de sa vie, avant de comprendre que sa vie est justement ce qu'elle est avec ses bonheurs et ses souffrances, parce qu'elle a justement commis cette erreur. Avec plusieurs éléments touchants, Noémie Lvvosky nous émeut, livrant tantôt son versant tendresse, tantôt son versant comique, mais tout du long, on ne doute pas un instant de sa sincérité. La réalisatrice fait également mouche en parsemant son film de références aux années 80 (Le gros walkman jaune, les posters dans la chambre, les fringues…) et nous renverse d'émotion avec la scène où elle veut capter les voix de ses parents, de peur de ne plus s'en souvenir à nouveau. Car on finit par oublier ce que l'on pensait inaltérable et l'on veut toujours capturer ce que l'on pense qui va nous filer entre les doigts.

Porté par une Noémie Lvvosky formidable et un Samir Guesmi touchant on sent que le sujet  touche la réalisatrice plus qu'un autre. Le premier constat est que "Camille redouble" est un film atypique qui fait un bien fou. En mettant l'éclairage sur la possibilité d'une seconde chance, tout en délicatesse, sans jamais appuyer le propos, mais avec une franche bonne humeur que le casting insuffle tout le long, l'entreprise malgré quelques longueurs est vraiment réussie. Les acteurs y sont donc pour beaucoup. De Judith Chemla à Denis Podalydés, de Matthieu Amalric à Vincent Lacoste, de Yolande Moreau à Michel Wuillermoz, ils sont tous au diapason d'une partition aérienne et drolatique. L'apparition bien qu'anecdotique d'un Jean-Pierre Léaud absolument incroyable, ajoute au charme d'un film frais qui souffle son petit vent mélancolique et nous laisse le sourire aux lèvres.
Auteur :Fred Teper
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