22 septembre 2020
Critiques

Canción Sin Nombre : Apre et émouvant

Par Alexa Bouhelier Ruelle

Avec son coscénariste, l'Américain Michael J. White, la réalisatrice et scénariste Melina Leòn a donc écrit, avec "Canción Sin Nombre", une histoire directement inspirée d’une tragédie survenue en pleine guerre civile avec le Sentier Lumineux au Pérou. Ce premier long-métrage, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes, partage des caractéristiques similaires au film Oscarisé d’Alfonso Cuaron, "Roma". En effet, tous deux sont en noir et blanc et ont pour personnages principaux des femmes fortes. Tous deux abordent aussi les thèmes de la grossesse, de la pauvreté et du terrorisme.

Des personnages touchants

Le personnage du journaliste est en fait inspiré d’Ismael León, père de Melina León, la réalisatrice du film. Celui-ci, qui travaillait au prestigieux La República, qui avait enquêté et révélé ce scandale dans les années 80. La situation péruvienne sous les gouvernements de Garcia et de Fujimori, était alors des plus sombres. Le Sentier lumineux, organisation révolutionnaire, terrorisait le pays par son mode de guérilla sanglante.

Dans "Canción Sin Nombre", c’est cette situation complexe que restitue la réalisatrice. Pamela Mendoza incarne d’ailleurs cette « mater dolorosa », avec une force et une ampleur extraordinaire. L’actrice a pris plus de quinze kilos pour jouer le rôle. Difficile de songer que la jeune femme dévastée, à l’avenir trouble, est en réalité dans la vie une brillante étudiante en anthropologie. Quant à Tommy Párraga, un homme mystérieux, il donne au journaliste une raideur certaine, laissant à peine percer son empathie envers Georgina.

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Un cadre flou

Granuleux et sourd, "Canción Sin Nombre" est un film d’une beauté rugueuse, d’abord par son noir et blanc puissant. Puis, sa photographie oscille entre précision absolue, notamment dans les plans architecturaux, et le flou nébuleux qui se rapproche de la brume des montagnes péruvienne. Le format 4:3 et ses bords fumés y contribuent pour beaucoup. L’usage de la Steadycam et des travellings viennent confirmer l’inquiétante étrangeté du film.

Le format 1.85, l'ancien format télé, paraît aujourd'hui tout de même un peu étriqué. Mais le choix de la forme n'est pas dû au hasard. La réalisatrice et son directeur de la photographie, Inti Briones, ont voulu que le spectateur ressente l'atmosphère oppressante qui régnait au Pérou dans ces terribles années. C’est bel et bien chose faites. De plus, ceux qui les ont vécus l'affirment tous : leurs souvenirs sont en noir et blanc.

Mais qu’importent les limites narratives de ce film, "Canción Sin Nombre" est avant tout une expérience cinématographique incroyable. La musique du compositeur avant-gardiste péruvien Pauchi Sasaki rappelle les mélodies somptueuses de Philip Glass, et donne un rendu élégant et émotionnellement fort aux ballades classique de la culture péruvienne et aux comptines traditionnelles chantées par cette mère anéantie par la perte de son enfant...


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