13 novembre 2019
Critiques

Capitaine Phillips : Asséché jusqu’à la carcasse

Ancien documentariste, Paul Greengrass a toujours eu le souci du réalisme dans tous ses longs métrages, qu'il s'agisse de "Vol 93", "Green Zone" ou les thrillers "La Mort dans la peau" et "La Vengance dans la peau". "Capitaine Phillips" n'y échappe pas avec ses scènes tournées en pleine mer sur un vrai navire marchand. Dès les premières images, le réalisateur installe un climat anxiogène.

C'est toute la force de ce cinéma anglo-saxon : allier le sens du spectacle, le rythme haletant du thriller à une étonnante réactivité permettant d'appréhender une réalité complexe, tirée de l'histoire récente. Et proposer, à travers le divertissement, des films beaucoup plus engagés qu'ils n'en ont l'air. En somme du Greengrass tout craché ! "Capitaine Phillips" a tout du Wikipédia-film, mais le simplisme de cette approche ne va pas sans une certaine efficacité, Greengrass enchaînant les tours de force avec cette maestria de petit artisan prosaïque qu'on lui connaît. Le style typique de Greengrass (caméra portée, montage kaléidoscopique) reste efficace pour donner son rythme au récit, mais, paradoxalement, il n'exprime plus le climat général de paranoïa du monde moderne. Dès lors, il ne s'agit donc plus que d'un simple cadre narratif, qui n'a ni l'habilité de "La Vengeance dans la peau", ni la puissance de "Vol 93".

D'autant que malgré le talent incontesté du Maestro Tom Hanks, les personnages des terroristes sont plus caricaturaux qu'à l'accoutumée. Dès lors le film se transforme rapidement en un objet placide, qui s'agite sans cesse jusqu' à purger toute l'essence du scénario, créant une pure mécanique de conflit, creuse et cassante. En outre on pourra reprocher également au film quelques invraisemblances et raccourcis, ainsi qu'une construction trop systématique dans la personnification des enjeux, qui, sous son vernis factuel et réaliste, mijote une gloriole familiale et technophile aussi fadasse que bien-pensante – toujours du côté du travail bien fait, des citoyens respectables.

En deux mots : une caricature trop binaire, qui s'agite en vain, et qui pourrait laisser le spectateur sur sa faim.
Auteur :Nicolas Vasseur
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