7 décembre 2021
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Capitaine Sky et le monde de demain : Indiana Jones en pixels

Jude Law aime les avions. Après les avoir approché dans "Aviator", le beau incarnait Errol Flynn, quoi de plus logique que de vouloir alors les piloter. Aussi, il choisit d'incarner le sauveur du Monde, à bord de son zinc et dans ses habits de Capitaine Sky. L'affiche annonce : le film d'aventures comme vous ne l'avez jamais vu. Oui et non ! Oui sur le plan formel. Car, tout l'intérêt du film repose sur l'innovation des images. Dans des décors créés sur ordinateur, les acteurs en chair et en os traversent une lumière très travaillée et forment le contraste avec l'aspect plastique de leur environnement. Pour situer la nature esthétique du film, pensez à "Avalon" de Mamoru Oshii. Cette idée permet au réalisateur, Kerry Conran, de ressusciter les années 1930, leur esthétique en utilisant des moyens futuristes. Il est divertissant de voir des robots qui ne pourraient pas exister aujourd'hui écraser les bâtiments new-yorkais. De voir les « gentils » utiliser des pistolets balançant des lasers de forme cylindrique.

Ce rétro-futurisme tire son origine d'une volonté de mêler les références appartenant à cette époque : les films de science-fiction, les comics et surtout le film d'aventures. C'est sur cette dernière référence qu'il est difficile de dire que "Capitaine Sky et le monde de demain" est un film comme on ne l'a jamais vu. Car, cette production emprunte très largement à Indiana Jones, le film référence en la matière. Ainsi, les deux héros traversent le monde, leurs parcours sont matérialisés sur de vieilles cartes géographiques, le Capitaine Sky est suivi d'un guide à l'accent étrange, les décors épuisent toutes les possibilités : les airs, les fonds sous-marins, la Ville, la jungle, la grotte de glace, le feu. Manière de rappeler que le monde est un gigantesque terrain de jeu.

Les codes du genre sont parfaitement respectés : une journaliste blonde, jolie et intrépide, assez en tout cas pour suivre le héros masculin, la musique lyrique et entraînante, les cascades à foison, les moments de suspense. Faut-il huer cet académisme ? Non, il convient plutôt de s'en amuser. Les clins d'œil sont nombreux et l'humour omniprésent. Si bien que l'on passe un moment agréable. En tout cas pendant une partie du film. Les premières séquences développent une énergie rafraîchissante. Mais, bientôt les écueils hollywoodiens réapparaissent : une histoire d'amour à l'eau-de-rose rattrape la désinvolture des personnages et le traditionnel happy end vient clore un film que l'on aurait aimé voir plus tôt.

Un passage de "Capitaine Sky et le monde de demain" est révélateur de la principale faille du film : il ne reste qu'une prise de vue dans l'appareil photo de la journaliste. Celle-ci hésite à l'utiliser car elle s'imagine que quelque chose de plus spectaculaire encore apparaîtra. Cette idée illustre la volonté destructrice du réalisateur : faire plus, toujours plus. Au risque de perdre le spectateur. L'action devient répétitive et ennuyeuse. L'ennui se muant même en ridicule lorsque les avions se transforment en sous-marins.

Enfin, le principal argument de vente de ce "Capitaine Sky et le monde de demain", la mutation du passé en futur, le croisement d'un siècle lointain et d'une époque révolue, amuse jusqu'à ce que les personnages quittent New-York et que les signes distinctifs des années 1930 s'évaporent. Une belle idée de réalisation donc. Mais, un scénario ridiculement mince. Le fossé entre le fond et la forme est grand, au point que "Capitaine Sky et le monde de demain" ne puisse même pas le franchir. C'est dire.

Auteur :Matthieu DeprieckTous nos contenus sur "Capitaine Sky et le monde de demain" Toutes les critiques de "Matthieu Deprieck"

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