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Carnage de Roman Polanski : La critique du film

Loin des envolées cinématographiques de son "Ghost Writer", Roman Polanski revient avec un huis clos, adaptation d'une pièce de Yasmina Reza : "Carnage" (distribué par Wild Bunch). Une explosion en règle, drôle et cynique, de notre société des apparences.Quatre acteurs et une partition impeccable.

L'adaptation de la pièce de Yasmina Reza, Le dieu du carnage, semble presque, finalement aller de soi. Le pari de Roman Polanski était pourtant risqué. D'abord parce qu'il s'agit d'un huis clos. Une rencontre entre deux couples, qui n'ont a priori rien à se dire. Si ce n'est que le garçon des uns a frappé le garçon des autres. Nancy et Alan Cowan se retrouvent donc chez les Longstreet pour « discuter » de la façon dont ils vont gérer l'incident. Sauf que dans une société pourtant ultra-policée, au mot près, qui ne jure que par le politiquement correct, la violence n'est pas si loin de la surface du vernis. Il faut dire aussi que les caractères sont tous réunis et parfaitement choisis pour être explosifs.

Il y a donc les Cowan. Elle, Nancy, alias Kate Winslet, est une femme distinguée, au chignon parfait, qui gère sa maison en apparence(s). Lui, Alan, alias Christoph Waltz, est un avocat qu'on imagine très cher et très demandé, dont le téléphone sonne sans cesse. Et puis il y a les Longstreet. Apparemment des « bobos » new-yorkais, qui se piquent d'art et veulent responsabiliser leurs enfants. Elle, Pénélope alias Jodie Foster, est écrivain ratée et libraire en vrai, elle est « nature » mais tout la dégoûte, elle se veut altruiste. Lui, Michael alias John C. Reilly, est grossiste. De pièces diverses de quincaillerie. Un homme affable, qui veut toujours arranger les bidons. 

Deux mondes. Deux expériences. Quatre personnages d'apparence parfaitement éduquée et cultivée, qui vont donc faire tomber les masques dans cette comédie jubilatoire. Et dans le huis clos où il les enferme, Roman Polanski ne leur laisse aucun répit. Si ouverture et fermeture du film se font dans un parc en plan large... Ce sont les seules respirations qu'il accorde à son histoire, et au spectateur. Une structure bien sûr héritée de la pièce de Yasmina Reza, qu'il transcende pourtant, allant même jusqu'à surcadrer, et user et abuser du gros plan, pour accentuer l'enfermement. Des gros plans qui nous mettent bien sûr au plus proche des acteurs, et c'est là encore tout le génie de Roman Polanski. Parce qu'il faut laisser la place au texte, ciselé, et coller au rythme d'une comédie férocement drôle, il joue la carte « acteurs ».

Si sa mise en scène est toujours élégante, il l'a laissée un peu de côté, privilégiant souvent des plans fixes, pour mieux laisser la place au quatuor infernal. Et quel quatuor. D'abord parce qu'on ne se pose jamais la question de leur légitimité. S'il est vrai que la direction d'acteur - comme tant de réalisateurs se plaisent à le répéter - se règle au casting, alors Polanski a réussi son coup dès le premier plan.

Le duo Foster-Reilly marche à plein, celui Winslet-Waltz également. Et si chacun semble démarrer sur une partition qu'on lui connaît, le talent de Polanski est de faire craquer le vernis par petites touches, très vite. Il fallait pour cela des acteurs au plus juste, des stradivarius qui répondent à la nuance près aux demandes du chef d'orchestre. Qui mieux que ces quatre-là ? On ne voit pas bien, tellement ils s'emparent de leur rôle. On aime Kate Winslet qui « vide son sac » de petite bourgeoise coincée, Jodie Foster, qui laisse aller sa vulgarité et sa brutalité, John C. Reilly, en monstre d'égoïsme, à l'inverse de sa bouille de nounours... Et Christoph Waltz, toujours impeccable cynique qui craque.

On connaissait leur talent, Polanski utilise le huis clos dans "Carnage" pour aller encore plus loin, pour notre plus grand bonheur.

Auteure :Fadette Drouard
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