Archives Critiques

Carnages de Delphine Gleize : La critique

Présent à Cannes dans la sélection Un certain regard, "Carnages", le premier long-métrage de Delphine Gleize, avait à l'époque fait beaucoup parler de lui avant de remporter le prix de la jeunesse. Quelques mois plus tard, on comprend plus facilement l'émoi suscité par l'étrange puzzle réalisé par Delphine Gleize.

Un peu long à se mettre en place, diversité des histoires et des personnages oblige, "Carnages" présente les destins croisés d'un taureau et de son adversaire torero, d'une petite fille prénommée Winnie qui est persuadée que tous les animaux sont plus grands qu'elle, de Jeanne son professeur qui rentre le week-end voir ses parents en Espagne, de sa mère Alice qui décide de venir la voir à Lille, de Carlotta, italienne de Palerme qui joue les espagnoles dans les supermarchés, d'Alexis, rédacteur d'Annabac à la dérive, de Luc et Rosie, taxidermistes en province et de Jacques et Betty, couple en attente d'une naissance. Au coeur de cet imbroglio émotionnel : un taureau qui par sa mort et sa vie va relier tous les protagonistes de cette improbable promenade.

A contrepied du cinéma actuel qui a tendance à privilégier les chemins balisés et les récits ordinaires, Delphine Gleize fait le choix avec "Carnages" de filmer des émotions plutôt que de s'acharner à les susciter. Pas de discours pompeux et creux chez cette jeune cinéaste : les mots sont remplacés par les gestes et les corps en disent généralement bien plus long que les bouches.

Si de prime abord les saynètes ne semblent pas du tout liés entre elles, Delphine Gleize prend son temps pour les rapprocher et ne les réunit dans un fascinant cercle que lors d'une scène finale à l'image de l'arène qui voit combattre à nouveau le torero. La confiance placée en le spectateur s'avère totale, la cinéaste prenant librement le parti de "parachuter" ses personnages devant sa caméra, se contentant de suivre une partie de leur errance sans expliquer plus avant leur motivation ou leurs antécédents. C'est donc à chacun de les découvrir et d'accepter de ne pas appréhender toutes les subtilités de ce film gigogne.

"Carnages" joue perpétuellement autour d'un fil tendu entre un humour franc ou parfois plus subtil et un malaise indéfinissable qui hante le film. Nombreux sont ainsi les plans qui font hésiter le spectateur entre le rire ou la retenue et c'est dans cette ambiguïté que se construit le film. Un film dans lequel tout le monde semble perdu, en manque, en recherche.

Delphine Gleize invite le spectateur à se plonger dans le destin de personnages contrastés, elle se ferme délibérément à un cinéma qui prend le spectateur par la main. Faites l'effort de vous plonger dans ce puzzle étourdissant, vous en ressortirez étrangement "touché". N'est-ce pas là le but premier du cinéma ?

Auteur :Guillaume Branquart
Tous nos contenus sur "Carnages" Toutes les critiques de "Guillaume Branquart"

ça peut vous interesser

Les aventures d’Astérix et Obélix au cinéma

Rédaction

Un divan à Tunis : Parler, et rien que parler

Rédaction

La Fille au bracelet : Le procès de la vérité

Rédaction