Critiques

Cartel : De qualité moyenne

Quand un réalisateur mythique s'associe à un écrivain talentueux pour bâtir un film servi par un casting cinq étoiles, on peut s'attendre à du lourd. Pourtant, aligner les grands noms ne suffit pas. "Cartel" en est le dernier exemple en date…

A l'origine du projet, l'adaptation par Ridley Scott d'un best-seller de Cormac McCarthy : The Counselor. Le célèbre écrivain, qui reçut le prix Pulitzer en 2007 pour La Route, entra aussi dans la légende cette même année en voyant son roman No country for old men, porté à l'écran par les frères Coen, recevoir quatre oscars. McCarthy, qui signe ici son premier scénario original, et Scott, ont donc opéré en duo pour livrer un thriller sur fond de trafic de drogue, qui met en scène la descente aux enfers d'un avocat ambitieux, en manque de sensations fortes.

Pour incarner le rôle titre, un des acteurs les plus en vue du moment : le Germano-irlandais Michael Fassbender. A ses côtés, un quatuor de quadragénaires qu'on ne présente plus. Pénélope Cruz interprète sa future femme, Javier Bardem et Cameron Diaz campent un couple riche et vicieux qui manœuvre en coulisses, Brad Pitt quant à lui endosse le rôle d'un intermédiaire énigmatique…

Si tout ça semblait prometteur, "Cartel" ne décollera pourtant jamais. Et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, le style particulier de McCormack, qui use de dialogues longs et ambigus dans ses récits, ne possède pas la même résonance à l'écran. Au contraire même, toutes ces conversations philosophiques nuisent au rythme du film.

Aux USA, si Ridley Scott est globalement épargné par la critique, c'est encore McCarthy qui se trouve dans l'œil du cyclone. En cause notamment, la construction de son scenario. Trop elliptique, voire carrément déroutant, il peine à nous tenir en haleine. Sans que cela ne soit vraiment justifié, les scènes s'enchaînent sans qu'on y comprenne grand-chose, et on se perd alors dans un dédale d'intrigues à tiroirs, qui font perdre "Cartel" sa simplicité.

Si on peut lui trouver une parenté plus ou moins lointaine avec le "Savages" d'Oliver Stone, ce dernier apparaissait beaucoup moins caricatural et plus efficace, en tout cas sans fioritures… Ridley Scott, qui a été plus inspiré, sauve finalement les meubles en partie. Essayant de donner du relief à ses personnages, insufflant une atmosphère lourde, et cadrant ses plans avec un habituel brio, il préserve par moment "Cartel" de la noyade. Mais son seul nom ne suffit pas (ou plus) à garantir le succès. Avec une toute petite quinzaine de millions de dollars générés en deux semaines d'exploitation outre-Atlantique, "Cartel" s'annonce déjà comme un bide.

L'histoire de cet avocat fasciné par les gros bandits, qui se retrouve d'un seul coup dans le collimateur des cartels mexicains, ne parvient jamais à convaincre. Le luxe, la vulgarité, le sexe et surtout la mort sont filmés sous tous les angles, et Ridley Scott ne laisse pas indifférent. Mais associé à McCarthy, dont il a certainement voulu respecter l'œuvre au plus haut point (notamment son sens du détail, ses flottements et ses non-dits), le Britannique n'a sans doute pas visé aussi juste qu'il le pensait au départ…

Auteur :Pierre Gérard Lespinasse
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