Critiques

Cartel : Excellent et déroutant !

Attention ! Malgré une bande-annonce mensongère, car elle vend "Cartel" comme un gros blockbuster bourré d'action, ce qui est totalement faux, nous sommes ici dans un drame noir et désespéré, tellement plus valable que le trop surestimé "Prometheus". Dédié à son frère décédé Tony Scott, qui s'est suicidé lors du tournage, en août 2012, on constate que ce film est, dans le fond, plus proche de Tony que de Ridley. Associé à l'expérience tout en velours du célèbre Ridley Scott, Cormac McCarthy, l'auteur de The Road et No Country For Old Men, signe à 80 ans son premier scénario pour le cinéma. L'histoire peut, en effet, paraître complexe, mais c'est, là, la volonté de Cormac McCarthy.

Le monde décrit par Scott et McCarthy est très sombre, et nous ne pouvons pas comprendre tous les aboutissants, notamment parce que le héros lui-même ne les comprend pas. "Cartel" nous montre un univers où les règles sont très instables, puisqu'elles sont directement liées aux pulsions de ceux et celles qui y interagissent. Il est stupéfiant de voir que nombreux sont ceux qui n'ont pas compris la fin de "Cartel". Ce dernier a plutôt tendance à donner des "leçons de vie" à travers des dialogues philosophiques sur la vie et la mort sans être pompeux.

Michael Fassbender est excellent dans son rôle d'avocat (dont on ne saura jamais le nom) des pires gangsters de la ‘Tortilla Border' (frontière Mexique - États-Unis). Arrogant et cupide, il n'a pas conscience de la dangerosité du monde dans lequel il évolue. Il offre une prestation de souffrance, de chagrin, et d'impuissance rarement atteinte au cinéma avec autant de sincérité. Le reste de la troupe se devait de tout donner et tous jouent avec leurs tripes en particulier Cameron Diaz. Une interprétation plus vraie que nature pour ce personnage qui pourrait définir les codes de la mode pour les 15 années à venir, qui sait… Des Guépards en guise de chatons jusqu'aux ongles chromés de cette pin-up. Javier Bardem est très bon lui aussi. Son look rock&roll n'est pas sans rappeler celui de Gary Oldman dans "True Romance". Quant à sa prestation, elle est tout à fait honorable. Pour finir, Brad Pitt, malgré des apparition bien trop furtives, il remplit bien son cahier des charges. Son rôle de cow-boy, trop sur de lui, est finalement bien vu.

"Cartel" est truffé de détails esthétiques qui lui donnent un véritable style. Loin de se résumer à des aspects superficiels, "Cartel" est une critique de l'animalité humaine où ceux qui pensent avoir du pouvoir sont manipulés et ceux qui en ont réellement ne prêtent aucune valeur à la vie, à part la leur. La morale du film est d'une désespérance sans concession. "Cartel" s'avère être une œuvre audacieuse et singulière dans la forme comme dans le fond tout comme "Blade Runner" le fut en son temps pour les films de science-fiction.

"Cartel" bouleverse, trouble, désarçonne, et laisse planer son souvenir d'oeuvre meurtrie pendant de longues heures marqués que nous sommes par sa violence physique exacerbée qui trouve écho dans sa violence morale fataliste et sa rage âpre. Un film ambitieux et d'une profondeur étonnante, et si Ridley Scott frôle l'exercice de style, il le fait avec une maestria qui enterre la concurrence. Bref, "Cartel" est un film qui ne laissera personne indifférent. Alors ne vous fiez pas aux critiques de mauvais augure, vous devez aller voir ce film pour avoir votre propre vision sur les dangers du pouvoir...

Auteur :Christophe ColpaertTous nos contenus sur "Cartel" Toutes les critiques de "Christophe Colpaert"

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