Critiques

Cartel : Un film atypique

Depuis l'annonce du projet, de ce casting de rêve et de cet attelage somptueux en coulisses, "Cartel" faisait fantasmer toute la planète ciné. Après son "Prometheus" qui avait fait de nombreux sceptiques malgré ses indéniables qualités, Ridley Scott revenant aux affaires avec un thriller de haut vol sur un scénario original écrit par le romancier Cormac McCarthy (à l'origine du "No Country for Old Men" des Frères Coen), il faut bien dire que ça avait de la gueule. Et si le film est par moments extrêmement brillant et fait la part belle à des dialogues somptueux, c'est aussi disons le, très alambiqué et difficilement accessible à un public plus habitué à ce qu'on lui simplifie la tâche avec des blockbusters boursouflés. Par ailleurs, le rythme lancinant et le caractère relativement froid de "Cartel"" en font un objet particulier mais assez fascinant si on s'y laisse prendre.

Si on se laisse aller dans la toile de ce script tortueux, il y a vraiment matière à y trouver son bonheur car Cormac McCarthy livre une histoire très audacieuse qui évite les poncifs d'un énième récit de gangsters et propose une variation autour d'une manipulation très complexe. Prenant pour cadre un univers où la richesse la dispute à l'opulence, "Cartel" distille également un humour très fin, très second degré, qui tranche avec la noirceur du propos.

Une photographie très lumineuse, très clinquante à certains moments qui contraste avec d'autres où l'image est plus granuleuse, plus en clair-obscur rappelant par instants l'atmosphère plastique d'un film comme "Traffic", concourent à donner au film une identité visuelle très travaillée. La photographie due au travail de Dariusz Wolski et en parfaite concordance avec la mise en scène de Ridley Scott, confèrent à "Cartel" un supplément d'âme qui fait que le film développe sa propre personnalité complètement assumée.

Mais au fil d'une intrigue très alambiquée, le film a le défaut de nous perdre en circonvolutions philosophiques et se retrouve nimbé dans un récit dont la trame narrative est très compliquée à suivre. Très voire trop littéraire et délivrant des scènes décalées à la violence esthétisante, on se retrouve parfois à réfléchir à une séquence alors que l'on est déjà passé à la suivante.

Malgré la pression qui monte petit à petit et la tension qui s'installe, difficile de prendre véritablement du plaisir à se triturer les méninges de la sorte. Car "Cartel" n'est pas un film facile à aimer, sa noirceur prenant souvent le pas sur un confort auquel le public est plus souvent habitué (d'où sans doute le violent rejet du film aux USA). Scott assure pourtant en terme de réalisation qui bénéficie d'une vraie élégance (que l'on retrouve également dans des costumes impeccables), mais le côté abrupt et malsain du film en laissera plus d'un sur le bord de la route.

Et est-ce que le casting permet alors de se raccrocher aux wagons ? Pas vraiment, même si les acteurs sont très bons, mais la présence de certains est parfois réduite à la portion congrue (les seconds rôles interprétés par d'excellents acteurs comme Dean Norris en font notamment les frais). Si Michael Fassbender n'est clairement pas le plus convaincant, si Javier Bardem est parfait, tout comme Brad Pitt avec son look de cow-boy, c'est Cameron Diaz qui tire la couverture à elle dans un rôle incroyable où elle n'hésite pas à faire preuve de beaucoup d'audace.

"Cartel" est donc une expérience assez aride, visuellement splendide, mais dont la profusion de longues séquences dialoguées qui peuvent faire penser au "Cogan" de Andrew Dominik pourra déstabiliser. Reste par exemple cette scène du poisson-chat, qui à elle seule prouve que "Cartel" est un film atypique qui sous son apparat classique est d'une furieuse modernité qui tantôt nous échappe ou nous agrippe.

Auteur :Fred Teper
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