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Casino Royale : Le nouveau Bond est arrivé !

Il ne faut pas longtemps pour comprendre que "Casino Royale" comptera plus que les autres. Deuxième plan : dans la pénombre, dans un recoin, assis dans un fauteuil, James Bond interpelle un de ceux que l'on appelle « les méchants ».

L'homme se frotte les mains, James Bond vient juste d'obtenir son permis de tuer, il n'osera pas dégainer et le flinguer. Flash-back soudain : un homme se fait rouer de coups puis exécuter dans des toilettes par un James Bond débraillé, suant, suintant la haine. Retour dans le bureau : le méchant reçoit une balle dans la tête. Pas l'ombre d'un remords sur le visage de James Bond.

Puisque les règles sont faites pour être contournées, "Casino Royale" casse la sacro-sainte linéarité du récit, transforme le flegme du célèbre agent britannique en une violence contenue qui, une fois libérée, fait trembler les murs d'une ambassade à Madagascar. 

Le 21ème volet de la saga 007 est le premier portrait psychologique véritablement abouti du personnage Bond. Pendant près de 2h30, Martin Campbell, déjà réalisateur de "Goldeneye", époque Pierce Brosnan, profite de chaque instant pour laisser le bouillonnant caractère de Bond s'exprimer.

Il hurle face à la douleur, il laisse s'exprimer, dans son regard, une froideur effrayante, un désir de vengeance, il pleure, il tremble, il ouvre son cœur, il ploie, il manque de mourir. Oui ! Bond fait tout cela.

Après une vingtaine d'épisodes sur le même ton, dans le même moule, la surprise est énorme, elle secoue le spectateur, l'interroge sur sa fascination pour 007. Pourquoi aimer quelqu'un qui dézingue à tout va ? Est-ce le même Bond qui me faisait rêver 10 ou 30 ans auparavant ? Oui et non. 

Car "Casino Royale" met en scène la première mission d'un agent inexpérimenté, tout juste sacré 00. Il n'a pas encore affronté le Docteur No, pas encore vu Ursula Andress sortir de l'eau en bikini. On comprend mieux les failles, le costume qui semble trop large pour le nouveau Bond.

En voyant qu'il précédait, dans la chronologie des Bond, Sean Connery et consort, Daniel Craig a dû souffler : tout était à inventer chez 007, tout était à construire, son rapport avec les femmes, avec sa hiérarchie (M. fidèle au poste). Alors qu'il soit blond, qu'importe !

Ce n'est pas la première règle que viole le film de Martin Campbell. Sans être un amateur de « rupture », lui et ses scénaristes (dont Paul Haggis, réalisateur de "Collision" et scénariste de Clint Eastwood) trouvent la parfaite alchimie entre rénovation et démolition. 

"Casino Royale" souffle un vent d'air frais sur le genre sans laisser de côté l'exotisme des endroits rencontrés (Ouganda, Montenegro, sans oublier le traditionnel Bahamas) et surtout sans oublier les scènes d'actions époustouflantes.

Malgré une course-poursuite d'un bon quart d'heure, d'un chantier jusqu'à une ambassade de Madagascar, la scène centrale, l'affrontement entre « le » méchant (un affreux banquier du nom de Le Chiffre, en français dans le texte) et Bond se passe autour d'une scène de poker dans le « Casino royale », au Monténégro.

Du suspense, bien sûr, mais surtout une esthétique autour de jetons jetés nonchalamment sur le tapis de jeu, de regards lancés à la sauvette, de cartes à peine dévoilées pour le spectateur.

Et puis, il y a cette fin, prodigieuse, frappante par son tranchant, son aridité, comme si le mot fin signifiait le point de départ des aventures de 007. Avec Daniel Craig en tête d'affiche, on rempilerait bien pour encore quelques heures de Bond,… James Bond. 

Auteur :Matthieu Deprieck
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