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Casino Royale : Le retour du roi !

Pour beaucoup de fans, trouver un remplaçant à un interprète de James Bond, c'est un peu comme vouloir remplacer la croix du Christ par un pentacle. Il y a des trucs qu'on ne change pas facilement, même 40 ans plus tard.

Et quand on entend parler d'un blond aux yeux bleus et au visage buriné pour remplacer le traditionnel brun ténébreux flegmatique dans le rôle titre, c'est un mythe qui s'effondre avant même la première ligne de scénario.

Daniel Craig défraie la chronique dès sa nomination dans le rôle du célébrissime commodore, au point d'avoir un site/pétition contre lui alors que Martin Campbell n'a même pas encore commandé le smoking de l'espion.

Pas gagné d'avance, surtout que le-dit réalisateur s'attaque à un pseudo-remake qu'il veut remanier à la sauce film-noir musclé. Horreur et damnation. Histoire d'en rajouter une couche et énerver encore plus les amateurs de pudding, on va même lui mettre une frenchie (d'origine) à ses côtés et un danois -au nom de frenchie dans le film- en face (Mads Mikkelsen dans le rôle du « Chiffre »).

On frôle l'insulte, surtout quand le film original s'offrait un brelan d'as au casting (Peter Sellers, Ursula Andress, Orson Welles). Alors, hérésie que ce nouveau "Casino Royale" ? Que Nenni. Le générique à lui seul suffirait presque à nous faire retourner la veste, tant le jeu sur les couleurs (dans les deux sens du terme) respecte le cahier des charges de la série.

Plaqué sur la voix de Chris Cornell (ex-Soundgarden, Audioslave), le trip s'amorce. Et dès qu'on met un pied dans l'action pure, c'est avec une course-poursuite nivelée avec comme lièvre Sébastien Foucan (un adepte du parkour, ou free-run) et comme lévrier un Daniel Craig survitaminé.

On savait le réalisateur amateur d'action en hauteur et/ou en échafaudages depuis ses "Zorro" et autres "Vertical Limit", mais on ne s'attendait pas à en avoir autant en l'espace de quelques minutes. Lorsque l'ensemble se calme, Craig-Bond panse ses multiples plaies et hématomes et part en convalescence quelque minutes.

On n'aura jamais vu un Bond aussi physiquement malmené, et surtout un Bond impulsif comme un jeune loup, irréfléchi, et odieusement froid. Craig commence donc sa carrière au service de sa majesté sur une agréable impression, malgré ses pectoraux proéminents et sa gueule de je-m'en-fous-je-fais-ce-que-je-veux, reléguant le Ethan Hunt des "Mission : Impossible" au rang d'un Spy Kid en pleine poussée de croissance.

Déjà un bon point. Deuxième bon point : la volonté d'écarter toute ressemblance avec ses prédécesseurs dans ses gestes, et expressions. On décèle un peu de Roger Moore par-ci (dans l'action), un peu de Brosnan par-là (dans ses répliques à M), mais jamais on ne se demandera ce qui a pu décider Barbara Broccoli et Martin Campbell à choisir l'acteur parmi les autres prétendants.

Une part d'audace sûrement, mais une vision nouvelle du personnage qu'on redescend de son piédestal à coup de corde de marin (une scène éprouvante pour les spectateurs mâles) et à qui on octroie un matricule « 00 » comme pour se le débarrasser de sa mauvaise attitude.

Côté scénario, "Casino Royale" emprunte une trame des plus actuelles en associant terrorisme international et boursicotage dans lequel « Le Chiffre » joue le chef d'orchestre. Simpliste mais néanmoins efficace avec ses retournements à base de trahison (ah, le monde des espions !).

On retrouve même de vieilles connaissances dans les personnages, et les spectateurs les plus aguerris ne manqueront pas les références aux précédents films (surtout "Au service secret de sa majesté", "Dangereusement vôtre", "Dr No" et "Bons baisers de Russie"), que ces soit par le biais des scènes et de leur localisation, ou quelques éléments plus ou moins discrets (tiens ! Une Aston Martin 1964 ou bien une référence au S.P.E.C.T.R.E.).

Parce qu'il en faut, et que tout film en possède, "Casino Royale" n'est pas exempt de défauts. La part est donnée aux destructions de masse, à un rythme ultra soutenu qui revoie souvent au cinéma Michael Bay dans toute sa démesure. La série a déjà souffert de cette orientation par le passé, on peut donc rester indulgent et inclure cela en annexe de la bible 007 désormais.

Autre petit détail qui peut déranger nombre de non-initiés : une scène de près de 15 minutes, cruciale, dans laquelle les protagonistes s'affrontent autour d'une table de poker. Ceux qui ne connaissent ni le principe du jeu, ni les règles du Texas Hold'em auront le droit à leur pause-pipi/achat popcorn à cet instant précis (les autres jubileront sur le dernier tour).

Fini aussi les gadgets trop high-tech et le passage dans le labo de Q, détails qui vont sans nul doute enrager les puristes (un Bond sans gadget, c'est un Han Solo sans Faucon Millenium).

Enfin, si tous les acteurs s'en sortent admirablement (Mikkelsen et Dench restent pourtant trop discrets, le premier cassant l'image mégalo des précedents bad-guys de la série, la seconde jouant les mères-poules), la déception vient d'Eva Green.

Même avec un physique des plus intéressants et une « affectation » qui évite tout réel débordement (« James Bond Girl » pourrait se limiter à «rester belle, un peu méchante, mais surtout se taire »), la fille de Marlène Jobert a encore des kilomètres de bobine à parcourir avant de trouver des expressions faciales crédibles, mesurées et modérées (sa dernière scène ressemble un concours de grimaces).

De part la particularité de son rôle ici, cela devait d'autant plus être calibré. Et dire qu'elle a décliné le rôle d'Elizabeth Short dans le dernier DePalma ("Le Dahlia Noir") pour celui-ci… Dommage.

Verdict final : "Casino Royale" remet Big Ben à l'heure. Exit les joujous, les brushings inaltérables, le rire, et bonjour la violence, la hargne, et la testostérone dans le cocktail au Martini.

Craig is Bond, Campbell is a good director. L'honneur est sauf.


Auteur :Julien Leconte
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