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Cause toujours ! : Soupçons…

Voici donc le dernier opus de la trilogie fantaisiste et superficielle de Jeanne Labrune. Cause toujours, comme Ca ira mieux demain et C'est le bouquet, reprend le même principe : un micro-évènement venant perturber la vie de quelques personnages.

Après une commode et un bouquet de fleur, c'est au tour des mites et d'un muet de parasiter l'existence d'un petit groupe d'amis sans que rien porte vraiment à conséquence. Comme toujours, Labrune s'en prend aux nouveaux riches, à la catégorie des bourgeois de gauche, inconscients de leur ridicule et de leur vacuité. L'atout majeur du triptyque est le ton que la réalisatrice confère à son film.

Reposant essentiellement sur des dialogues et des situations saugrenus, Labrune filme les dérives que peuvent entraîner un malentendu, une phrase mal interprétée. On parle beaucoup donc, on pense à haute voix et chaque évènement déclenche des cataclysmes que les personnages tentent d'expliquer ou d'analyser. Ici, c'est l'apparition de mites dans la cuisine de Jacinthe (Victoria Abril) qui perturbe le couple qu'elle forme avec Bruno (Jean-Pierre Darroussin).

A cet incident vient s'ajouter la disparition de Léa (Sylvie Testud) qui s'est entichée d'un muet (Richard Debuisne). Le couple et leurs amis Laurent (Didier Bezace) et Judith (Claude Perron) partent donc à la recherche de celle qu'ils croient peut-être morte, assassinée par ce muet ancien légionnaire et manutentionnaire dans une supérette.

Le propos est mince mais encore plus mince que le précédent opus. Les situations, les dialogues sont nettement moins drôles que dans C'est le bouquet, qui reste donc le meilleur film de ce triptyque. On cherche en vain où se trouve la fantaisie annoncée dès le générique et on se désintéresse très vite de ces petits problèmes anecdotiques.

Le meilleur du film est sans conteste l'histoire d'amour entre Léa et le muet qui nous offre de belles scènes pleines d'étrangeté et de mystère. Mais on a sans cesse l'impression que Jeanne Labrune a épuisé son système, qu'il tourne totalement à vide et n'offre plus aucunes surprises. Les comédiens eux-mêmes, il faut l'avouer, n'ont pas l'air très convaincu et n'offrent pas le meilleur d'eux-mêmes (Darroussin et Abril en tête…).

Jeanne Labrune a voulu réaliser une fable sur le doute et le soupçon mais à trop vouloir chercher la brillance des dialogues (atout majeur et principal limite de sa trilogie), elle propose un film qui ressemble plus à une comédie de boulevard (impression confirmée par les comédiens qui s'adressent directement à la caméra comme un acteur de théâtre le ferait avec le public) qu'à une comédie sophistiquée comme pouvait l'être les deux premiers films de Pascal Bonitzer, Encore et Rien sur Robert. Deux comédies drôles et intelligentes, écrites sous le saint patronage de Freud et Lacan. Deux vraies fantaisies, ce que n'est malheureusement pas Cause toujours !
Auteur :Christophe Roussel
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