16 septembre 2019
Critiques

Celle que vous croyez : Catfishing et crise existentielle

La critique du film Celle que vous croyez

Par Alexa Bouhelier Ruelle



Beaucoup de scénarios reposent sur le suspense et le doute. Luke Skywalker utilise une combinaison de spiritualisme et un sabre laser pour faire tomber l’empire du mal ? Pas de problème. Une homme veut se marier à Carry Bradshaw dans le film "Sex and the City" ? Bien sûr. Le script de "Celle que vous croyez" s’attarde sur une histoire basée sur le doute. Une histoire qui s’étend au-delà du plausible jusqu’au point de non-retour.

Juliette Binoche excelle en femme de la cinquantaine qui forme un lien d’obsession virtuel avec un jeune homme rencontré sur Facebook. Mais aussi avec l’avatar qu’elle se crée : celui d'une jeune fille de 24 ans. Alors que cette relation est basée fondamentalement sur des mensonges, la connexion émotionnelle est, quant à elle, bien réelle.

En mettant de coté cette idée farfelue selon laquelle Juliette Binoche n’est absolument pas une femme désirable, laissant derrière elle des montagnes de jeunes hommes fantasmer à son sujet, ce drame à suspense dépeint des thèmes intriguants.

Le terrain des réseaux sociaux est miné, et le cinéma n’a pas encore tout à fait mis le pied dans cette fourmilière (à part le documentaire "Catfish") ni exploré ce sentiment étranger d’être trahi par une personne montée de toute pièce. Ce film, adapté du roman de Camille Laurens, arrive à plonger le spectateur dans l’esprit et les motivations d’une personne, pour quelconque raison, qui entreprend ce périple.

C’est pourquoi "Celle que vous croyez" peut basculer à tout moment dans la comédie romantique pour adulte, dans la veine de Nancy Meyer. Ou bien pencher vers un thriller plus psychologique tel "Liaison Fatale".

Rares sont les films qui peuvent prétendre pouvoir suivre ces deux chemins bien distincts. Toutefois, ici, Safy Nebbou tisse un petit peu de ces deux genres, avec des observations humaines pertinentes.

Claire est une femme intelligente et indépendante. Cependant, son ego se définit encore par ce que les hommes pensent d’elle. « Être désirée, explique-t-elle à sa psychiatre , est un plaisir auquel je ne renoncerai jamais. » Ses mensonges dans le monde virtuel sont égalés par ses omissions dans le monde réel.

Juliette Binoche est sublime. Son visage semble être fait pour les gros plans, devant la caméra experte de Gilles Porte. Elle montre toute la profondeur de son personnage, de ses conflits intérieurs, avec un simple regard. Il est évident que Claire est sous l’emprise de cette peur de vieillir : « il n’y a pas de meilleure rivale que celle qui n’existe pas » dit-elle philosophiquement, en référence à son avatar en ligne.

Safy Nebbou et Julie Peyr offrent un commentaire sur la solitude de nos vies urbaines, même si les réseaux sociaux nous donne l’illusion de connexions humaines. Ils arrivent à balancer délicatement le personnage de Claire, entre le touchant et l’autodestruction pathologique.

Il y a quelque chose de presque Hitchcockien dans cette approche. Quand Claire donne un cours magistral sur l’auto-détermination de la Marquise de Merteuil dans Les Liaisons Dangereuses, il est clair qu’elle parle de sa propre expérience. Non seulement elle crée une nouvelle identité, mais elle va plus loin en réécrivant le scénario de sa vie.

Pour une film basé exclusivement sur les apparences, il est approprié que "Celle que vous croyez" porte différents masques de genre au cinéma, qui culmine sur une conclusion à deux vitesses.

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