Critiques

C’est Magnifique : La vie est belle

Par Guillaume Méral

Vous avez vu "Top Gun : Maverick", et vous avez peut-être (surement ?) déjà prévu pour le revoir. On comprend : un seul film vous manque, et c’est toute l’expérience salles qui est dépeuplée. Mais même si  Tom Cruise accapare l’espace mental cinématographiquement disponible du grand-public, d’autres propositions méritent qu’on leur ménage une petite place entre deux avions de chasse réglés au niveau Mach 10 de la kiffance de grand-écran. "C’est Magnifique !", le nouveau film de et avec Clovis Cornillac, fait partie de ceux-là.

Pierre est un herboriste virtuose, qui vit tranquillement en ermite dans son autarcie montagnarde. Mais la mort de ses parents qu’il découvre adoptifs renverse les repères de son petit monde bien ordonné. Il part alors à la découverte d’un monde extérieur qu’il ne connait pas pour retrouver sa mère biologique.

« Il y a du bon en ce monde monsieur Frodon ». On ne connait pas la place de la trilogie du "Seigneur des Anneaux" dans le Panthéon personnel de Clovis Cornillac, mais ce qui est sûr, c’est qu’il prend la phrase de Sam Gamegie au pied de la lettre. Les cyniques professionnels et autres blasés de profession targueront qu’il est toujours plus facile de repeindre la vie en rose que de regarder la couleur noire du monde qui va toujours plus mal. Postulons l’inverse : faire entrer le merveilleux dans le quotidien, ça demande de communiquer avec le spectateur sur une note bien trop élevée pour les spécialistes du fait accompli en noir et gris et sans trépied de caméra. 

Or, c’est justement toute la singularité de "C’est magnifique !". Pas seulement parce qu’à l’instar de "Forrest Gump" ou "Edward aux Mains d’Argent", Pierre la main verte nous invite à redécouvrir le monde à travers ses yeux qui ne voient le mal nulle part et le bon partout. Mais parce que Cornillac réalisateur déploie sa vision enchanteresse du monde en glissant progressivement vers un fantastique qui n’a pas besoin de s’annoncer au spectateur. Pas besoin de baliser l’irruption un changement de régime quand on est maitre de ses outils, ni d’expliquer verbalement au spectateur ce qu’on peut lui faire accepter par l’image.

Ça s’appelle la suspension d’incrédulité, et c’est une propriété du cinéma populaire qui échappe à ceux qui s’emploient à mettre des étiquettes sur les attentes du spectateur. Or, à l’instar de "La dernière Vie de Simon" de Léo Karmann, "C’est magnifique !" défie le cartésianisme hexagonal sur ses terres en misant justement sur la capacité du public à se laisser à ce vers ce qu’il n’anticipait pas. Ça fonctionne comme une évidence, et ça permet à Cornillac de changer de braquet à mi-parcours, comme lorsque le point de vue glisse progressivement de son personnage vers celui d’Alice Pol, à mesure qu’elle se convertit en même temps le spectateur à sa vision des choses. Cornillac devient ainsi le messager dans son propre film pour conter son histoire à elle.

Ce n’est pas le moindre des actes de générosité d’une proposition de cinéma qui croit très fort dans la capacité du 7ème Art à nous faire regarder les choses autrement, sans jamais nous l’imposer. Faut pas avoir peur de mettre des paillettes dans ta vie Kevin : leçon de vie reçue n’est pas forcément leçon de vie donnée.

Tous nos contenus sur "C'est magnifique !" Toutes les critiques de "Guillaume Méral"

ça peut vous interesser

C’est magnifique ! : Un conte moderne

Rédaction

Avec Clovis Cornillac, c’est magnifique !

Rédaction

L’Ombre d’un mensonge : Amour et amnésie

Rédaction