15 novembre 2019
Critiques

Chambre 212 : L’amour, au passé, au présent et au futur

Critique du film Chambre 212

par Amandine Letourmy

Porté par un quatuor splendide, "Chambre 212", le nouveau film de Christophe Honoré plonge dans les affres oniriques du couple, ses espoirs, ses désillusions et son passé.

"Chambre 212", c’est d’abord l’histoire d’une épouse volage. Maria, professeur de droit à la désinvolture confondante, trompe allègrement son mari avec ses étudiants. Le dernier en date, un certain Hasdrubal : car oui, elle est bien incapable de résister à ses fantasmes anthroponymiques… Mais bientôt, Richard, le mari aux gros pulls sombres et pantoufles, apprend l’infidélité. Il s’en trouve profondément blessé, mais c’est pourtant bien elle qui claque la porte et se réfugie dans l’hôtel d’en face. Alors que sur Paris la neige se met à tomber, dans la chambre avec vue sur l’appartement conjugal, des personnages du passé de Maria refont surface, à commencer par Richard lui-même, lorsqu’il avait vingt-cinq ans…

Une histoire de fantômes ?

Si les dialogues peuvent sembler ampoulés au départ, la théâtralité qui s’en dégage allège l’ensemble et permet au film de flotter délicieusement entre le voyage onirique et le vaudeville. Les décors, avec ce jeu de portes qui s’ouvrent à la fois sur de nouveaux univers et d’anciens personnages de la vie de Maria, donnent cette impression envoûtante d’avoir sous les yeux un film matriochka.

En plus d’un rythme opportun, les dialogues ciselés et poétiques donnent toute la saveur à cette histoire. À ce titre, impossible de rester indifférent à l’arrivée de la « volonté » de Maria, veste léopard et faux-air de Charles Aznavour. Car c’est bien connu : « Si on ne peut plus tromper son mari avec son mari, où va-t-on ? »

Est-ce que l’âme plisse comme le corps vieillissant ?

En partant de la confession impromptue d’un adultère, Christophe Honoré fait preuve d’une grande maestria en rembobinant le fil de la vie de ses personnages, leur passé, leur présent, leur futur. Car là où il aurait pu faire lentement glisser son film vers le mélo, le cinéaste apporte une douce mélancolie en peuplant son histoire de « et si… » et de questions existentielles inévitables.

Drôle, intelligent et d’une formidable fantaisie, "Chambre 212" questionne le passé, ses amours révolues et les traces qu’elles laissent dans la vie des gens. On ne demande plus qu’à passer la porte de la chambre 212 une nouvelle fois…

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