14 octobre 2019
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Cheval de Guerre : Plaidoyer pour un cinéaste éminemment populaire !

Messieurs et Mesdames les garants du bon goût, gardiens auto proclamés du cinéma de qualité, ce n'est point à vous que je m'adresse. Il y a fort longtemps que votre autisme n'a plus accès à autre chose qu'à l'écho de vos propres jugements. Non, ce sont à ces millions de sujets du royaume des salles obscures, ceux qui cherchent dans l'ombre protectrice et la chaleur obsédante d'une promiscuité imposée, des étincelles de bonheur ou de joie d'un écran formaté que vont mes pensées.

Vous qui sortirez, après plus de deux heures d'un spectacle total, bouleversés et avec un vague sentiment d'avoir été pris en otage par Steven Spielberg, l'enchanteur. Acceptez, sans la moindre vergogne, de céder une nouvelle fois au syndrome de Stockholm, cette sensation étrange qui transforme la victime en un défenseur déterminé de son bourreau.

Bourreau le père Steven ? Assurément, des cœurs. Le futé a depuis longtemps, depuis toujours, compris que le septième Art repose moins sur l'intellect que sur l'affect. Si le scénariste veut prendre par la main son cobaye, il n'a qu'un but, qu'une tâche : forger une empathie totale entre héros et spectateurs.

Et dans cet exercice, notre Américain est passé maître. Celui qui a réussi à scotcher une, voire plusieurs générations entières, à leur fauteuil à l'écoute des aventures d'une poupée soit disant venue d'une autre planète, E.T, n'a plus vraiment de leçon à recevoir !
 
"Cheval de guerre" est une pleine réussite. Pourquoi ? Justement parce que le metteur en scène réalise un vrai tour de force : narrer la fin d'un monde et la naissance de la modernité en survolant l'humaine condition. C'est au seul être dépourvu d'animosité mais d'animalité, un équidé, que revient la rude tâche de porter le message de l'auteur.

Dès lors, ce temps d'avant conflit planétaire, celui de la ruralité et de la paysannerie britannique doit être suffisamment étiré pour créer un sentiment de manque quand le protagoniste, le cheval Joey disparaitra plus tard (parfois) du récit.

Les humains passeront, à de rares exceptions près, happés par le vent de l'Histoire. Age d'or, cette Angleterre des années d'avant-guerre ? Méfions-nous, les apparences sont trompeuses. Les plus naïfs verront un écho à la série « la petite maison dans la prairie », les cinéphiles un hommage au John Ford de "La prisonnière du désert" ou au "Vent de la plaine" de John Huston.

Mais ici, ce n'est pas une campagne de petits propriétaires indépendants, conséquence de la conquête de l'ouest américain mais le Royaume Uni post victorien, constitué de gros propriétaires fonciers (incarnées ici par un David Thewlis toujours aussi juste) et de fermiers (Peter Mullan).
 
Productivité, dettes, travail : la machine économique est féroce et violente. Mais comme dans "Qu'elle était verte ma vallée", du même Ford, seules les horreurs à venir donnent ce sentiment d'un moment béni. Car l'horreur pointe sa truffe à l'horizon.

Vient l'heure des sermons, des promesses éternelles, des obstacles à franchir. L'ennemi, ce n'est pas l'étranger ou le changement, le mal c'est la machine qui broie le vivant. Comme un appel du pied du destin, une scène prémonitoire, la course entre l'automobile du fils du patron et le couple cheval-cavalier, se termine par une chute ; chute métaphorique en dehors du Paradis bucolique.
 
« Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés » prophétisait Péguy. C'est d'un champ aux céréales non fauchées que s'élanceront les escadrons anglais, tel les guerriers de "La charge de la brigade légère" de Michael Curtiz. Fin d'un monde où l'Homme était le centre de son univers. Les mitrailleuses vont broyées la chair. Mort le cavalier, esclave le cheval qui n'est plus là que pour tirer les engins de la déshumanisation ; le canon de plus en plus lourd qui efface toute trace de civilisation.

Mais Spielberg croit en l'être humain. De ses adolescents qui fuient le champ de bataille, rattrapés au cœur d'un moulin, écho pas si lointain aux pauvres fanfarons -Sordi/Gassman- de "La grande guerre" de Mario Monicelli à cette petite fille et son grand père (déclinaison d'Heidi ?) au cœur brisé apparu la première fois tel un fantôme dans l'œil de Joey.

Car l'éternel paladin a muri, les enfants meurent aussi dorénavant dans les guerres des Grands. Pas besoin de flots d'hémoglobines (le metteur en scène du soldat Ryan sait le faire si besoin), la violence est ici picturalisée. Comment ne pas penser d'ailleurs au Guernica de Picasso dans la scène clef du film, celle des barbelés ? 
 
Alors oui, Steven Spielberg croit en la bonté, à la rédemption et a espoir en l'Humanité. De quoi faire vomir les cyniques ? Certainement. Mais laissez nous prendre la main de notre magicien préféré et continuer à croire aux serments éternels et aux amitiés qui défient l'espace et le temps.

Auteur :Régis Dulas

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