28 octobre 2021
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Chicago : Pétillant

Les 4 paroles d'or de "Moulin Rouge" étaient Vérité, Beauté, Liberté et Amour. Celles de "Chicago" seraient plutôt Crimes, Paillettes, Apparences et Mensonges. Moins tragique et romantique que son récent aîné mais plus sombre, désabusé et réaliste, "Chicago" n'en demeure pas moins un vrai divertissement qui, s'il appuie sur les plaies des Etats-Unis, n'en joue pas moins avec. Car le pays d'excellence du spectacle, des apparences, du « fake » est ce qu'il est, mais le show must go on, la preuve avec ce pétillant film qu'est "Chicago". Chorégraphe de métier (et cela se sent) plus que cinéaste (même s'il s'en sort très bien pour son premier film), Rob Marshall adapte donc ce succès du Music-Hall, profitant du regain d'intérêt général pour les comédies musicales. Alignant les clins d'œil aux films références que les connaisseurs pourront remarquer, Marshall signe une succession de scènes musicales qui laisse finalement peu de place aux dialogues. Les allergiques aux chansonnettes chorégraphiées sont donc prévenus. Ceci dit, les scènes sont d'une grande beauté, magnifiées par un jeu de lumière proprement scénique. Quant à la trame, elle est parfaitement introduite par le fil conducteur, à savoir un pianiste noir de cabaret narrant l'histoire de Roxie Hart. Cette très bonne idée permet ainsi une fluidité essentielle pour ce type d'exercice. L'on suit ainsi, à travers la succession de scènes de music-hall, où les planches de la prison se transforment en un parquet somptueux, le rêve éveillé de Roxie Hart qui ne demande qu'à devenir réalité. Soit le parcours classique d'une fille banale attirée par la lumière, et qui serait prête à tout pour y parvenir.

"Chicago" se veut une parfaite allégorie de l'Amérique où tout n'est que spectacle, où les apparences, les arrangements, l'opportunisme conduisent bien vite au détournement de la loi et au cynisme sans fin. The show must go on. La manipulation des médias et de la foule sont on le sait monnaie courante et l'apparente démocratie a bien du mal à masquer une organisation anarchique quasi animale où les destins se construisent et se brisent au gré d'un jeu enfantin mais tragique. Une société gouvernée et composée de pantins, de marionnettes souriantes conscientes ou non de participer à un grand jeu. The show must go on, bis. L'Amérique du show permanent où un célèbre joueur de football peut être acquitté s'il a les faveurs de l'opinion publique et des médias, voire de la justice elle-même.

Les scènes les plus brillantes se veulent d'ailleurs les détracteurs de ce petit jeu de dupes finalement si mal orchestré et si voyant. Mais dans "Chicago", la morale ne triomphe pas, au contraire de ses interprètes (Catherine Zeta-Jones Renée Zellweger, Richard Gere et John C. Reilly), brillants danseurs, chanteurs et comédiens. Chicago n'est certainement pas un chef d'œuvre mais dieu, que c'est bon, une comédie musicale !
Auteur :Alessandro Di Giuseppe
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