16 septembre 2021
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Chicago : Too much

Certaines personnes ayant les moyens de rouler en voiture moderne persistent à rouler en 2 CV. La survivance de la comédie musicale et du boulevard au cinéma relève du même mystère. Pourquoi ne pas avoir saisi les nombreuses occasions qui se présentaient à nous, à mesure que le septième art évoluait, de se débarrasser à tout jamais de Busby Berkeley ou Bob Fosse pour la comédie musicale, ou Sacha Guitry pour le boulevard ? Mais non, on se tape Baz Machin (qui a commis "Moulin Rouge" et le pompeux "Roméo et Juliet") et Jean-Marie Poiré... Certes quelques films musicaux innovent en privilégiant l'ambiance musicale, utilisent la chanson de façon nouvelle, (on peut penser, et la liste est loin d'être exhaustive, à "Commitments", "High Fidelity", "O'Brother", "Rude Boy," "On Connaît La Chanson"...), mais je ne peux m'empêcher de me questionner sur l'attrait que peut avoir le genre suranné des comédies musicales qui, comme "Chicago", sont une expérience proche de la vision de Champs Elysées, un samedi soir des années 80, en famille, en sirotant du Tang... Et puis, ça a beau être un film de chorégraphe, Almodovar a fait bien plus pour l'alliance de la danse (contemporaine et innovatrice) et du cinéma en offrant à Pina Bausch l'excellente ouverture de "Parle Avec Elle", que ce Rob Marshall avec son show surchargé et kitschissime.

Alors, certes, il y deux ou trois bonnes idées. Les avocats sont des menteurs intéressés, la presse est manipulée... Oui, oui c'est bien, sauf qu'il y a une pléthore de bien meilleurs films qui traitent bien plus habilement de ces sujets sans le cynisme stérile qui anime la démarche de "Chicago". A part ça, sous ces apparences de film critique, Chicago est on ne peut plus consensuel : il n'y a pas un seul meurtrier dans ce film qui ne soit pas une femme. Chicago, ville de la pègre par excellence, ne serait donc ce qu'elle est qu'à cause des femmes, de sordides petits crimes. Les femmes sont toutes assoiffées de postérité, et donc manipulatrices et prêtes à tout. Mais implicitement le film nous apporte la preuve qu'elles sont idiotes et pathétiques puisqu'elles se battent seulement pour atteindre la gloriole d'un monde de spectacle, d'apparences. Tout va bien, elles ne menacent pas le pouvoir et l'argent qui reste entre les mains du mâle ultime : Richard Gere.

Enfin, toute velléité d'émancipation de la part des femmes ne se fait qu'aux dépens de quelqu'un. Une femme ne peut être envisagée comme individu libre sans que cela soit négatif, sans que ce soit en écrasant un homme. Ici, Amos, mari de Roxie que l'on nous présente à la fois comme un simplet, mais que l'on s'escrime à nous rendre sympathique, à nous pousser à plaindre (il est le seul qui bénéficie d'une mise en scène intimiste dans son numéro de chant, avec présence d'un publique constitué d'une femme et d'un homme individualisés, éclairés différemment de la masse enthousiaste et indifférenciée dans la mise en scène des autres numéros, comme pour signifier qu'on doit regarder Amos différemment). Tout ça pour bien nous faire sentir combien sont cruelles ces viles garces avides de célébrité...

Bref, tout cela est servi par des acteurs pas mauvais, mais juste comme il faut, sans surprise... des robinets d'eau tiède, quoi... Catherine Zeta-Jones, boudinée dans ses bas résille, doit vouloir ressembler à Louise Brooks, mais ne ressemble finalement qu'à Loulou après une soirée raclette... Et pour continuer dans le champ sémantique "gastronomique", "Chicago" est une barbapapa : c'est volumineux pour pas grand chose et c'est tellement trop sucré que c'en est écoeurant.

Auteur :Benjamin Thomas
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