27 juillet 2021
Critiques

Cinquante Nuances de Grey : Critique

A l'instar d'autres best-seller comme "Harry Potter" et "Hunger Games", mais d'une manière bien plus singulière, l'initiateur du phénomène « mommy porn » (porno pour maman) a enfin le droit à son adaptation cinématographique. Des mois qu'on nous mitraillait à grand coup de teasers plus alléchants les uns que les autres avec "Cinquante Nuances de Grey" (distribué par Universal), de quoi relancer l'industrie des thermomètres si vous voyez ce que je veux dire. Autrement dit, on ne pouvait et devait être déçu(e)s. Et pourtant…  Pour mieux vous éclairez, Le Quotidien du Cinéma répond aux questions les plus récurrentes au sujet de ce film.

Quand on évoque une adaptation, la question de la fidélité se pose inexorablement. La conversion 600 pages = 2 heures de film fut laborieuse. Du livre n'ont été gardées que les grandes scènes « épiques » construisant la « relation » Christian Grey / Anastasia Steele. Il n'en reste alors qu'une suite d'échanges (dialogues ou plus, si affinité) sans réelle description psychologique. Les personnages secondaires ont été réduits au strict minimum en termes de présence scénique, il est donc impossible d'en faire de potentiels comic relief pour rendre le tout un peu plus réaliste et cohérent. Les plus sceptiques d'entre vous me diront alors : « Oui mais quand on tombe amoureux, seul l'autre compte, surtout la première fois ». Problème, trop de scènes du livre ont été censurées pour qu'on y croit. La relation sadomasochiste étant la principale, et seule, intrigue du film, retranscrire les sentiments comme la peur en crescendo était l'ingrédient essentiel de la mise en scène. Chose qui passe totalement à la trappe. Pas un instant, le personnage principal ne paraît innocent et vulnérable, si ce n'est lors de la scène finale. A contrario, il est intéressant de noter que certaines scènes clichés et inutiles ont été littéralement zappées. Ainsi, le « débrief » de la première fois d'Anastasia avec sa meilleure amie est remplacé par un simple échange de regards salaces. Simple mais efficace.

Les acteurs sont-ils les nouveaux Robert Pattinson et Kristen Stewart ? Etant à la base une fan fiction s'inspirant très librement du couple emblématique de "Twilight", on ne pouvait y échapper. La réponse, sans contestation possible, est un grand non ! Aucune alchimie n'est visible ou même palpable, de près ou de loin. Jamie Dornan, bien que mignon, ne correspond pas vraiment à l'homme charismatique, et sûr de lui, qu'on nous avait si bien vendu. Mécanique et gauche, son éternel rictus semblant dire : « je suis désolé », et ses airs de jeune minet lui rendent justice dans un show comme "Gossip Girl", mais pas ici.

Sa partenaire, Dakota Johnson, correspond pleinement aux critères physiques de l'emploi. Si seulement pouvait-on en dire autant de ses expressions scéniques… Elle semble prendre du plaisir à chaque moment, « soft » ou non. Où sont la peur ? La montée du désir ? La découverte ? Et surtout, la complicité entre les deux acteurs ? Les scènes romantiques ou physiques souffrent toutes du même problème : un rythme saccadé, une lenteur indéfinissable, un automatisme lourd. Les rares moments drôles comme la négociation autour des futurs « pratiques » du couple le sont uniquement à cause du décalage évident entre les deux acteurs/personnages.

Enfin, la question que tout le monde se pose vraiment : "Cinquante Nuances de Grey" est-il vraiment aussi chaud que les producteurs semblent le croire ? Vous l'aurez compris, le film, victime d'une absence de scénario, ne peut être rangé que dans la catégorie romantique. En effet, je défie quiconque ayant une vie sexuelle épanouie ou non de ressentir quoi que cela soit devant telle œuvre. On en a vu bien plus, et bien pire, dans la série "Girls" ou dans le film "Nymphomaniac" pour ne citer qu'eux. 

Alors oui, en veux-tu en voilà des fessés et autre poils pubiens. Rien de bien secouant au demeurant (d'où le PEGI Français -12ans). Mais la chambre rouge ne prend définitivement pas. Il y a bien plus de cinquante nuances entre la banalisation du sadomasochisme et sa grotesque ridiculisation. "Cinquante Nuances de Grey" fonce tête baissé dans ce dernier vice. Les amateurs de « cheap », eux, seront servis, notamment lors de la « toute première fois », quelque part entre les cuisses duveteuses d'Anastasia et la voix chevrotante de Sia. Profitons-en pour finir avec cette bonne note qu'est la B.O (peut-être une des seules accordée à ce film), Danny Elfman aux commandes, mais aussi The Weekend, Beyonce ou Ellis Goulding et pas que.

Ni romantique, ni érotique… A la manière du livre dont il issu. C'est pourquoi "Cinquante Nuances de Grey" plaira avant tout aux fans de la trilogie, mais bien péniblement aux amateurs de romances lambda. Marketing oblige, il leur reste cela étant deux (voire trois ?) autres volets pour rectifier le tir...

Auteure :Mélissa ChevreuilTous nos contenus sur "Cinquante Nuances de Grey" Toutes les critiques de "Mélissa Chevreuil"

ça peut vous interesser

La Voix du succès : Un film pour l’été

Rédaction

Les coulisses de Robin des Bois

Rédaction

Suspiria : Manches à ballet

Rédaction