Critiques

Colt 45 : Critique

On a déjà dit que le paysage du polar français n'était plus ce qu'il était, lorsqu'au firmament des années 70 et 80, il trouvait son apogée dans des films radicaux et décomplexés qui n'étaient pas toujours des séries B uniquement destinés au divertissement.

Si quelques films parvinrent à perpétuer cet état d'esprit dans les années qui suivirent, à savoir l'efficacité d'un Robin Davis ("La guerre des polices"), la violence crue d'un Bob Swaim ("La balance"), la patte documentée d'un Tavernier ("L627"), l'efficacité et l'amour du genre d'un Corneau ("Le choix des armes", "Le cousin"...) le polar finit par devenir moribond jusqu'à ce que le réalisme désenchanté d'un Olivier Marchal ("36", "MR73", "Les Lyonnais") ou l'efficacité dans l'action d'un Fred Cavayé ("A bout portant", "Mea Culpa"…) finissent par trouver le cœur des cinéphiles. Aujourd'hui entre deux surprises qui font office d'arbres pour cacher la forêt, le polar urbain, violent et stylisé est devenu par chez nous une denrée suffisamment rare pour ne pas être particulièrement heureux lorsqu'un film réussi et totalement inattendu pointe le bout de son nez.

"Colt 45", prototype même du film de commande qui échappe à son réalisateur est, malgré ses évidentes carences, un vrai polar, percutant, sec et violent, qui témoigne d'une maitrise insolente de l'image de la part du belge Fabrice Du Welz ("Calvaire", "Vinyan"…). Produit par la société de Thomas Langmann, La Petite Reine, "Colt 45" n'a visiblement pas plu en haut lieu et se retrouve donc balancé en catimini par son nouveau distributeur, Warner Bros. France, le film étant clairement sacrifié sur l'autel de l'indifférence et de l'absence totale de promotion.

Si l'on sent bien qu'il y a eu charcutage au montage et que des ellipses apparaissent criantes pour satisfaire à une relative efficacité, il n'en demeure pas moins que "Colt 45" possède d'indéniables qualités. Écrit par Fathi Beddiar, un ancien journaliste du magazine Mad Movies, spécialiste du film policier, "Colt 45" reprend des thèmes souvent vus comme la guerre des polices ou la manipulation puis la vengeance mais il conserve son parti pris de noirceur sous-jacente et sa tonalité radicale de bout en bout annihilant ainsi son potentiel émotionnel mais restant droit dans ses bottes.

Avec une véritable générosité pour filmer des scènes de fusillade qui suivent l'évolution du personnage principal en montant crescendo en intensité, Fabrice Du Welz témoigne d'un talent bien vivace, sublimé par une lumière très travaillée signée Benoît Debie. Esthétiquement marqué, bénéficiant visuellement d'une hargne et d'une violence brutes qui ne cèdent jamais à des affèteries stylisées, "Colt 45" va droit à l'essentiel sans s'encombrer du superflu. Si le film s'avère si efficace grâce à ce montage au scalpel, il fait forcément l'économie de ses seconds rôles multiples et malheureusement trop peu présents quand ils ne sont pas réduits à peau de chagrin. Mais en se concentrant sur la trajectoire de son personnage central et en conservant cette ligne directrice, "Colt 45" reste totalement cohérent.

En s'entourant d'un casting solide mené par des comédiens chevronnés habitués du genre, Fabrice Du Welz pouvait se permettre de confier le rôle principal à un jeune comédien qui ne pouvait que s'épanouir si bien entouré. Car, si Gérard Lanvin, Joey Starr, Simon Abkarian ou encore Alice Taglioni sont clairement dans des registres dans lesquels on les a déjà vus et si leurs interprétations n'ont rien d'innovantes, ils font le job avec une efficacité jamais prise en défaut. Tout le reste de la distribution fait aussi la part belle à de vraies gueules comme Jo Prestia ou Philippe Nahon, qui bien que dans des rôles courts ou anecdotiques ne passent pas inaperçus.

Mais celui qui attire tous les regards et qui embrase littéralement l'écran en dévoilant une nature et un talent hors normes, c'est Ymanol Perset. Le jeune comédien qui bascule de l'ange au démon, est le catalyseur de ce film, dont les affres de la production ne doivent pas faire oublier qu'il est pétri de qualités. S'il semble quasi impossible de voir un jour un director's cut de "Colt 45", la carrière de Fabrice Du Welz que l'on surveillait du coin de l'œil est désormais à suivre avec beaucoup d'attention.

Auteur :Fred Teper Tous nos contenus sur "Colt 45" Toutes les critiques de "Fred Teper"

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