Critiques

Compagnons : Rencontre entre deux mondes

Par Pierre Deplancke


Le film "Compagnons" raconte le parcours de Naëlle (Najaa Bensaid), jeune fille en perdition de la banlieue défavorisée de Nantes. Elle est prise en charge par Hélène (Agnès Jaoui), dans un chantier de réinsertion. Cette dernière tente de faire introduire Naëlle parmi les Compagnons du Devoir en étant formée par Paul (Pio Marmaï), spécialiste du verre et des vitraux. Retour sur la séance avant-première au Kinepolis Lomme du 18 février (en présence du réalisateur François Favrat et de l'actrice principale Najaa Bensaid).

"Compagnons", c'est un film d'immersion. Autant du milieu social que de celui des compagnons. On est projeté dans le quotidien toujours sur le fil du rasoir de Naëlle qui manque souvent de basculer. D'ailleurs, saluons qu'au casting des acteurs non professionnels (autant compagnons que du quartier) aient été sélectionnés et tiennent les seconds rôles. L'interprétation est pertinente. Les acteurs savent de quoi ils parlent. Comment se tenir par exemple. Voilà qui est évidemment un apport non négligeable d'authenticité. Une chose qui manque souvent terriblement dans ce genre de film. La mise en scène de qualité de François Favrat y est pour quelque chose.

Ici, rien à voir avec une comédie rabaissant une catégorie de personne en difficulté (toute ressemblance avec une autre œuvre est fortuite). On est dans une quasi-étude de mœurs. Attention ! Ce n'est pas un documentaire ! Il peut y avoir des détails sur les codes couleurs ou sur des termes qui peuvent surprendre les vrais compagnons. Le réalisateur l'explique et le justifie lui-même. Pour une question de cohérence du film et pour mettre plus l'accent sur les valeurs, le message... Durant la projection, les compagnons dans la salle étaient d'accord sur ces choix d'avoir mis en avant leur travail et ces fameuses valeurs.

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Pio Marmaï - Copyright Wild Bunch Distribution

À destination du spectateur lambda, l'obsession du réalisateur, comme il le dit lui-même, est de privilégier les gestes, les traditions, le message et l'envie d'adhérer au projet. Un gros travail est fait sur la photographie, la transformation de l'individu par la matière, les couleurs... Il y a un aspect sensoriel que l'on ressent assez bien dans le film. Concernant les chants traditionnels, l'épouse du réalisateur a supervisé et travaillé les nombreux chants du film (elle y apparait en arrière-plan). Sachez qu'il n'y en a pas autant dans la réalité chez les compagnons. On aime ou on n'aime pas les paroles et la musicalité. Toutefois, elles concourent à cet aspect si particulier du milieu.

Lors d'une brève discussion avec le réalisateur concernant la production, ce dernier aura mis l'accent sur la combativité qu'il a fallu avoir pour obtenir ce qu'il souhaitait. Il a insisté pour tourner à Nantes et pas à Paris. Pour rester au plus près des vrais Compagnons du Devoir nantais. Pour ne pas s'en détacher. Une énergie que l'on retrouve dans le film y compris pendant les scènes d'action (oui il y en a !) ainsi que dans la direction des acteurs et le montage final.

Finalement, si on doit faire un seul reproche au film "Compagnons", c'est sa légère candeur. Néanmoins, même si le happy end formel était vite prévisible, les deux gros avantages du film sont d'abord de créer une tension sur le parcours de Naëlle et, surtout, de mettre en lumière un milieu trop peu connu qui peut donner une ambition pour certains membres du public. Allez-y ! Mais pas les yeux fermés. Ouvrez les yeux sur deux mondes qui semblent a priori incompatibles et que ce film permet de réunir.

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