31 octobre 2020
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Confessions d’un homme dangereux : Brillant

"Confessions d'un homme dangereux" retracent d'abord la vie d'un homme moralement douteux, plus que celle d'un dangereux criminel. En effet, il convient de préciser que le mythe de l'espion tueur (révélé dans un livre autobiographique), s'il en a surpris plus d'un, n'a pas convaincu tout le monde : imaginez un instant Jean-Pierre Foucault avouer à la France entière sa double vie de présentateur télé grotesque et d'espion au service des services secrets français ! Il n'empêche, le film laisse ouvertes toutes les portes et les personnes qui ont tendance à croire que rien n'est vraiment surprenant de la part de la C.I.A. en matière de coups fourrés plongeront corps et âme dans cette incroyable histoire. Les sceptiques aussi du reste. 

En fait, il semblerait que pour ces derniers, Chuck Barris ait écrit son « autobiographie non autorisée » et ces révélations démentes pour se déculpabiliser, pour se délester d'un poids trop lourd à porter : celui des nombreuses et virulentes critiques qu'il a pu recevoir à propos de ses « créations » télévisées. Autrement dit, cette fabulation ne serait autre qu'un prétexte, une excuse, pour expliquer une vie amoureuse non aboutie et un parcours professionnel dont il ne sort pas grandi.

"Confessions d'un homme dangereux" est un aveu courageux et douloureux d'un ratage complet, la repentance d'un homme désormais âgé de 74 ans voué à l'Enfer. Et qu'il soit vrai ou mensonger, ce récit extraordinaire d'un homme extraordinairement néfaste réunit à lui seul deux des principaux fléaux à la base de la décadence américaine : la télé-poubelle américaine et la poubelle de C.I.A. La première pour avoir « démocratisé » à travers le monde la télé réalité et l'humiliation des âmes seules à grande échelle. Un phénomène dont Chuck Barris n'aurait pu prévoir l'ampleur et qui vraisemblablement aurait vu le jour de toute façon sans lui. La seconde pour avoir démocratisé au sein des Etats-Unis et partout dans le monde, aux frais du contribuable, le crime organisé et impuni, au nom de la guerre sainte contre le communisme. Il n'est plus très difficile aujourd'hui de vérifier à travers de nombreux ouvrages le rôle destructeur de la C.I.A., qui participe encore de nos jours à la préservation, à n'importe quel prix, de cette merveilleuse démocratie des Etats-Unis qui, rappelons-le, a cessé d'être officiellement depuis les élections truquées de 2000 (cf Blacklist, Kristina Borjesson, Les arènes, 2002). Mais ceci est un autre discours. 

Baignant entre mensonge et réalité, entre folie et paranoïa, il n'est pas étonnant que le scénario des ces Confessions… soient sorties des mains de Charlie Kaufman (héros et scénariste de Adaptation. et scénariste de "Dans la peau de John Malkovich"). Cependant, il me paraît difficile de passer sous silence les deux véritables clés de la réussite de ce film : l'immense, remarquable et terriblement classe George Clooney, qui passe brillamment le cap de la réalisation. Et le nom moins talentueux et déjà immense acteur Sam Rockwell, vu notamment dans "La Ligne Verte" et "Bienvenue à Collinwood", qui risque de passer définitivement grâce à son réalisateur dans la classe des Grands.

Clooney, grand amateur de cinéma d'auteur et comparse de Steven Soderbergh, possède un œil sobre et élégant qui permet de nous offrir des effets stylistiques jubilatoires (ou l'art de passer d'une scène à l'autre, et parfois d'une époque à l'autre, tout en douceur).

Auteur :Alessandro Di Giuseppe
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