30 octobre 2020
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Confessions d’un homme dangereux : Manque d’émotion

Pour son passage derrière la caméra, George Clooney nous fait une démonstration magistrale : "Confessions d'un homme dangereux" est un exercice de style parfaitement maîtrisé. De la mise en scène peaufinée jusque dans les moindres détails aux plans très recherchés, en passant par une atmosphère d'une noirceur artistique, les décors et la photographie, rien n'est laissé au hasard. Mais le mieux est parfois l'ennemi du bien. Le hic, c'est justement que "Confessions d'un homme dangereux" est techniquement irréprochable. En effet, la démonstration est tellement carrée qu'elle crée un périmètre de sécurité infranchissable autour de Chuck : la distance froide et irréductible mise entre Chuck et nous, spectateurs, nous empêche de rentrer entièrement dans le film. De ce fait, on ne ressent aucune émotion, qu'elle soit positive ou négative, envers un sujet pourtant d'une force telle qu'on aurait dû se sentir interpeller. Mais voilà, rien… 

"Confessions d'un homme dangereux" nous donne la désagréable impression d'être dans un confessionnal, obligés d'écouter le récit de la vie de Chuck et son constat d'échec, qui prend à certains moments la forme d'un bla-bla somme toute assez plat. Sans compter que les témoignages des proches de Chuck qui ponctuent le film à intervalles réguliers s'avèrent aussi basiques qu'inutiles. Là où on aurait dû se sentir happés dans le tourbillon des événements, à l'image d' « Attrape-moi si tu peux » dans le même registre mais sur un ton opposé, on se retrouve finalement à assister passivement à la narration d'un récit savamment illustré. 

Pourtant le sujet n'est pas creux, loin s'en faut. Déjà, le personnage de Chuck est d'une complexité captivante, d'autant que le film ne prétend pas répondre à la question : « Mais qui est donc Chuck Barris » ? Ambivalence des pensées, des sentiments, conduite paradoxale, perte de contact avec la réalité, repli sur soi-même, inadaptation au réel conduisent à se demander si Chuck a réellement tué pour le compte de la CIA sous sa couverture de show-man. En outre, Sam Rockwell campe admirablement ce personnage déjanté, rêveur inconscient voguant de manière surréaliste entre 2 mondes, à tel point qu'il parvient à semer le trouble entre réalité et fantasme. Vraiment, Chuck est un cas fascinant pour la science ! 

Sur la psychologie tortueuse de Chuck, George Clooney vient greffer d'autres dimensions : une critique cynique ouverte des Etats-Unis et des médias (et croyez-moi, au niveau des dialogues dans le jeu télévisé, il n'y est pas allé de main morte : « Qui aurait cru que tant d'américains attendaient ça pour être ridicules à la télévision ? »), le phénomène de la sur-médiatisation et ses conséquences, une dénonciation de ce qui constitue le prototype de la télé-réalité (télé-poubelle), du patriotisme façon mouton de Panurge, le tout se mêlant intelligemment à la fiction. 

Côté casting, à part Drew Barrymore, à la fraîcheur candide, et Sam Rockwell, « Confessions d'un homme dangereux » ressemble à un clin d'œil très complice à "Ocean's Eleven". D'une part, on sent l'influence de Soderbergh transparaître dans le style et les images. D'autre part, l'apparition à l'écran, le temps d'un instant, de Brad Pitt et Matt Damon en guest-stars, est un pur régal ; et pourtant, ils ne prononcent pas un mot ! En revanche, pour la première fois dans un film, Julia Roberts n'est pas à sa place. En effet, comme Pitt et Damon jouent leur propre rôle, du coup on voit aussi Julia Roberts en tant que Julia Roberts, et non pas en tant que Patricia Watson, « la femme » de Chuck dans sa deuxième vie, et son personnage perd toute crédibilité. 

Le premier film de George Clooney est prometteur (avec un coup de cœur pour la séquence de la mort du recruteur, monsieur Clooney lui-même). "Confessions d'un homme dangereux" a été soigneusement mis au point, mais la confection nette et sans bavures a mutilé l'émotion, élément pourtant vital à l'âme d'un film.

Auteure :Nathalie Debavelaere
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