5 décembre 2020
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Confidences trop intimes : Mortel transfert

On connaît désormais la facilité avec laquelle Patrice Leconte enchaîne les films. Mais depuis quelques années, cette facilité a donné naissance à une poignée de films tournée d'une manière expéditive, sans passion, ni inventivité par un cinéaste qui semble s'égarer de plus en plus.

"Confidences trop intimes" ne sera pas le film de la résurrection. Sur le papier, l'idée de départ est plutôt bonne: une femme se trompe de porte et croyant être chez un psychanalyse se retrouve face à un conseiller fiscal. Celui-ci va jouer le jeu et les rendez-vous vont s'accumuler où chacun aidera l'autre à sortir de ses inhibitions…

L'ambition de Patrice Leconte et de son scénariste (Jérôme Tonnerre) est clair : faire un thriller sentimental et psychologique dans un quasi unique décor : le bureau du conseiller fiscal. L'entreprise est périlleuse mais malheureusement complètement raté car, comme d'habitude, Patrice Leconte prend son scénario à la légère. "Confidences trop intimes" accumule une psychanalyse de bazar avec des lapsus et des actes manqués qui plongent le film dans le ridicule.

Le cinéaste essaie d'ajouter un parfum de mystère à son pseudo-thriller en intégrant quelques fausses pistes (et aussi en utilisant une musique qui rappelle beaucoup celle de "Basic Instinct"… On n'est pas loin du plagiat !) mais rien n'y fait, son film est un long champ contre-champ, un face-à-face ennuyeux dont l'issu (une histoire d'amour possible entre ces deux êtres…) est inévitable et connu de tous dès le départ.

Patrice Leconte filme honnêtement (mise à part quelques effets de style qui tombe à plat : une caméra nerveuse, des flous…) ce qu'il y a de mieux dans ses films, c'est-à-dire les acteurs. Fabrice Luchini et Sandrine Bonnaire joue leur partition avec beaucoup de professionnalisme mais leur jeu est sans surprise.

On a sans cesse l'impression que ces deux comédiens sont en attente de quelque chose, en attente d'un rôle plus conséquent, de dialogues et de situations plus brillantes. Luchini fait du Luchini et nous offre même une petite danse dont il a le secret (se croit-il sur un plateau de télévision ?), Sandrine Bonnaire à l'instar d'Emmanuelle Béart dans "Nathalie" débite des mots assez crus et se montre comme d'habitude, très touchante, très humaine, toujours à fleur de peau.

Si les comédiens sont l'unique intérêt de "Confidences trop intimes", il serait temps pour Patrice Leconte de cesser de compter sur eux pour faire le spectacle et remplir la tapisserie comme le disait Truffaut. Un homme qui a réalisé des films comme "Tandem", "Monsieur Hire" ou "Le mari de la coiffeuse" n'est pas un mauvais cinéaste. Il doit revenir vers ce cinéma là, quitte à prendre son temps et à tourner moins. C'est ce que, je l'espère, beaucoup de spectateurs attendent de lui. 

Auteur :Christophe Roussel
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