Critiques

Convoi exceptionnel : Blier, comme un dernier souffle

Critique du film Convoi exceptionnel

par Mickaël Vrignaud


Alors évidemment, et encore une fois avec "Convoi Exceptionnel", ils sont nombreux à quitter la salle, manteau sous le bras, avant la fin du film. Ils l'ont toujours été, depuis cinquante ans : bienvenue chez Bertrand Blier qui nous offre ici une montagne russe faisant étape dans toutes les obsessions de son immense carrière.

Pas d'intro, pas de mise en situation, le film commence dès sa première seconde : un gros clodo et un gros riche s'engueulent, marionnettes d'un scénario qu'ils sont sommés (par une entité toute puissante) de suivre à la lettre.

Il y sera question de caddies que l'on pousse, de mort que l'on attend, d'amour que l'on attend plus et de bons copains avec qui on erre la nuit : du classique chez le vieux Bertrand qui retrouve pour le coup sa muse de toujours, Gérard Depardieu ainsi que le dernier acteur du Splendid qui manquait à sa collection : Christian Clavier.

Le film de Bertrand Blier, au gré d'un scénario improbable, collectionne les fétiches, enchaîne bons mots, monologues habités et improvisations délirantes (le film se conclut sur une master-class en cuisson de poulet) c'est rudement classe, aussi drôle que constamment sordide et habité par la mort.

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Malgré quelques longueurs (les armées de scénaristes en doudoune et Renault Zoé ne sont franchement pas la meilleure idée du film, c'est d'ailleurs assez laid visuellement), "Convoi Exceptionnel" est un beau (et peut-être dernier) coup de maître du vieil homme à la pipe.

Blier s'y auto-cite constamment mais sans insistance, par pur plaisir, comme un vieil homme qui regarde un album photo. Le point probablement final à l'œuvre d'un artiste iconoclaste, souvent magistral et constamment surprenant.

Un dernier mot sur Christian Clavier : ce dernier s'en tire à merveille et déclenche chez nous ce goût amer, celui qu'on a quand on regarde ses films d'avant Jean-Marie Poiré : ce type aurait pu être un immense acteur, faire une carrière extraordinaire.

Mais voilà, un goût prononcé du box-office facile et une aversion primale pour le cinéma d'auteur en ont fait ce qu'il est aujourd'hui : un vieil acteur de droite, réveillé par un réalisateur octogénaire, le temps d'un film que personne ne verra.

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