8 décembre 2019
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Cosmopolis : Critique n° 1

Quand Cronenberg se met à la théorie

Avec "Cosmopolis", le réalisateur canadien dénonce les dérives du capitalisme à travers la journée infernale d'un trader visionnaire traversant New York en limousine. Une expérience particulière, signée Cronenberg.Quelques mois après "A dangerous méthod", où il s'intéressait à la naissance de la psychanalyse, David Cronenberg revient avec une fable futuriste anticapitaliste portée par Robert Pattinson. Qu'on se le dise, les films signés Cronenberg ne sont jamais communs ou banals. 

Si le cinéaste nord-américain était réputé pour ses films mettant en avant des pulsions inavouables et des élans du corps, le virage pris depuis quelques mois en surprend plus d'un. Un changement initié par la mise en scène, entre autres, de Freud sous les traits de Viggo Mortensen pour traiter d'un sujet théorique qui partagea bon nombre de critiques et loupa, quelque peu, son rendez-vous avec le public. Si certains ne manquaient pas de juste mettre en avant la bonne tenue du casting et de la mise en scène, d'autres insistaient surtout sur la sensation d'assister à un cours de fac plutôt qu'à une séance de cinéma.

Adapté du roman de Don De Lillo, œuvre très complexe généralement jugée inadaptable, Cosmopolis offre un autre long métrage s'adressant plus à l'intellect qu'aux sens. Si la bande-annonce laisse entrevoir un film malsain et rythmé, la réalité est tout autre. Dans la limousine du jeune trader, les dialogues s'enchainent. Avec sérieux ou ironie, hors contexte ou au contraire ancrée dans le chaos en place, les idées se suivent, les théories s'exposent pour ce golden boy hypocondriaque qui a fait sa réputation sur l'anticipation. Tout savoir avant tout le monde et contrôler l'information. Tout semble à peu près compréhensible jusqu'à ce que l'on aborde un ensemble de théorie (mise en exergue, entre autres, par sa chef du département théorie) sur le capitalisme, l'argent ou la violence. De nombreux sujets sont évoqués rendant l'ensemble presque métaphysique. 

Les dialogues abscons sur les affres de la finance laissaient même Robert Pattinson dans le flou le plus total sur le tournage, lui qui reconnait dans les différentes interviews, s'être souvent demandé ce qu'il tournait. Et à cette question, le réalisateur lui répondait par un souriant « Je n'en sais rien ».De cet étrange aveu résulte un sentiment mitigé. Si la présence de Robert Pattinson peut attirer le public de "Twilight", pas sûr que ce dernier sorte indemne des salles obscures. Leur chouchou est fidèle à lui-même (bon ou mauvais en fonction des sensibilités de chacun), mais cela pourrait bien leur donner un aperçu inattendu des cours magistraux d'études supérieures juste avant les vacances.Alors que certains crient au génie, il est difficile dans l'instant de dégager de ce film, des idées claires ou une mise en scène exacerbée tant le traitement du sujet est assommant dans tous les sens du terme. "Cosmopolis" est un paradis ou un enfer fait de bonnes intentions. 

Soit c'est un ovni réservé aux amateurs de David Cronenberg et initiés aux études théoriques. Ils seront aux anges. Soit c'est un long métrage basé sur une diarrhée verbale politiquement correcte et ennuyeuse d'un jeune trader dans sa limousine. Pour tout vous dire, « je n'en sais rien ».
Auteur :François Bour
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