8 décembre 2019
Archives Critiques

Cosmopolis : Critique n° 2

« On veut toujours ce que l'on veut. Et je veux une coupe de cheveux ». C'est par ce genre de répartie infaillible que le personnage de Robert Pattinson, Eric Packer, domine son sujet autant qu'il le subit. Ce même personnage avait déjà divisé la critique littéraire lorsqu'il se faisait le héros du roman prophétique de Don DeLillo, publié en 2003. "Cosmopolis" raconte la dégénérescence d'un golden boy, fossoyeur inconscient d'un système en dérive, la faute à un égocentrisme démesuré et une intelligence sans faille. Un personnage complexe, tiraillé, un instrument torturé qu'interprète avec brio Robert Pattinson. Celui qui est considéré aujourd'hui comme l'une des idoles des jeunes, grâce au phénomène "Twilight", réussit un sacré tour de force. 
Celui de camper un personnage qui lui colle à la peau dès les premières secondes. Une classe sobre, des mimiques inévitables mais qui ici ne dérangent jamais, un aimant. Pattinson séduit, il étonne, il déroute.A vrai dire, en dirigeant aussi bien Robert Pattinson face à un panel de personnages différents (on y compte entre autre une excitante Juliette Binoche, un sautillant Mathieu Amalric, un amateur de serviette Paul Giamatti), David Cronenberg cache son principal état de fait : l'adaptation au mot du roman de Don DeLillo. Cronenberg, et c'est tout à son honneur, n'a jamais été un grand supporter des adaptations au cinéma. Difficile de donner une image à un mot, tel est l'argument. Surtout quand celui-ci vient d'un roman aussi complexe que "Cosmopolis". Plutôt que se réapproprier l'œuvre, Cronenberg se contente de l'illustrer, de lui donner une chair physique, tout en dirigeant un groupe d'acteurs talentueux. 

On lui reprochera un manque de distance, un côté froid sans vie voire ennuyeux à cause d'un rythme lançinant. On ne peut lui enlever en revanche la maîtrise formelle du huis clos étouffant, du corps manipulé d'Eric Packer. "Cosmopolis" ne peut laisser indifférent. Comme souvent avec David Cronenberg, on adore ou on déteste. Paradoxalement, il agit sur ce film une sorte de répulsion, la faute à un rythme étourdissant par sa lenteur. Néanmoins, on ne peut pas cacher cette espèce d'attirance, de pouvoir de séduction. Pattinson est en cause, car à force de le détester et lui trouver des défauts – ce qui n'a rien d'erroné – il finit par nous balancer la porte à la gueule pour la rouvrir sur un homme totalement méconnaissable, habité par un self-made-man dont l'ivresse du pouvoir lui confère un pouvoir de séduction sans fin. 

Il est surprenant d'ailleurs de voir Pattinson exceller dans les 20 dernières minutes, après avoir survécu au ventre mou du long métrage. Dans un long face-à-face avec Paul Giamatti, le jeune acteur brille dans un personnage pourtant éprouvé par le chaos tout autour. C'est une découverte, assurément l'attraction d'un film qui scotche, déroute et fait renouer son metteur en scène avec le cinéma de l'étrange.
Auteur :Christopher Ramoné
Tous nos contenus sur "Cosmopolis" Toutes les critiques de "Christopher Ramoné"