Critiques

Cow : Règlement de comptes à O.K. Cowrral

Par Rayane Mezioud

Si vous avez vu le documentaire "Bovines (ou la vraie vie des vaches)" d’Emmanuel Gras sorti au cinéma il y a neuf ans, vous vous retrouvez en pâturage connu avec "Cow" (dont la sortie est prévue pour 2022 par Ad Vitam Distribution), de Andrea Arnold, documentaire présenté en première mondiale à Cannes Première, la dernière catégorie mise-bas dans la grande ferme cannoise. On prend des vaches, on les observe vivre mais on monte l’ensemble de façon à ce que le spectateur saisisse instinctivement leur langage corporel, leurs expressions, leurs comportements, leurs interactions, leurs comportements ... Elle a beau être une brave bête, on a rarement tendance à chercher à comprendre la vache lorsqu’on la croise en troupeau à l’occasion d’une Partie de campagne.

Un Certain Regard bovin

Si pour vous aussi, le cinéma est plus beau lorsqu’il se raconte sans verbe - mais avec de l’herbe – alors Le bonheur est dans le pré de ces deux films. Là où Emmanuel Gras considérait ses héroïnes à gros sabots sous l'angle collectif, parfois au point de traduire par la mise en scène le sentiment d’appartenance de groupe et d’engager les vaches dans une lutte des classes avec les exploitants agricoles, sa consœur d’outre-Manche opte pour l’angle individuel, rendant les deux films complémentaires.

"Cow" est l'histoire d'une vache laitière et reproductrice qui se retrouve - pour la cinquième fois - très rapidement séparée de la dernière velle (les veaux naissent dans les choux et les velles dans les roses) qu’elle vient de mettre au monde. Différence d'âge entre les deux animaux oblige, chacune va suivre de son côté un processus éreintant d’exploitation animale auquel se conjugue le préjudice moral causé par cette séparation.

Andrea Arnold n’a besoin que de quelques plans pour prendre le spectateur au cœur de bœuf et aux tripes à la mode de Caen. Comme d’autres animaux de la ferme de Cannes, "Cow" tient et réussit à rappeler que le cinéma, c’est un processus d’identification qui ne se fait pas par un jeu de Qui est-ce ? consistant à se concentrer sur les points communs pour décider si le spectateur peut se connecter ou non avec les personnages. L’identification, c’est une convergence des affects entre celles et ceux qui sont d’un côté et de l’autre de l’écran, peu importe ici la véracité scientifique de ce lien émotionnel et si ce qui a été ressenti face à l’écran correspond à ce qui a été vraiment ressenti face à la caméra.

Y a pas d'lait !

Plus concrètement, l'expérience de "Cow" ranimera en vous les séparations entre un animal adulte et son petit, que les bêtes soient anthropomorphisées ou non, qui ont participé à votre construction dans vos tendres années : Don Bluth ("Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles", "Fievel et le Nouveau Monde"), une portion significative des classiques Disney ("Bambi", "Dumbo") … Plus âpre que ces exemples déjà peu tendres pour le bien du spectateur mais aussi plus dur que" Bovines", "Cow" pourrait donc cependant exercer ainsi un pouvoir de fascination sur les têtes blondes. Parfois amené à représenter avec crudité les moments les plus éprouvants pour l’animal lors de son élevage, il rappelle cependant que le cinéma dans sa dureté se fait le partenaire indispensable au bon développement d’un enfant.

Bien grandir grâce à la puissance évocatrice et allégorique du Septième Art, c’est également ce à quoi contribuerait un visionnage de "Mes Frères et Moi" de Yohan Manca, autre film de la Sélection Officielle présenté dans la catégorie Un Certain Regard.

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