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Crazy, Stupid, Love : Belle et bonne comédie !

L'an passé "I love you, Phillip Morris" était une des belles surprises dans le mélange des genres entre romance et burlesque, gracieuse alchimie entre un humour décapant et une belle et forte histoire d'amour, avec un Jim Carrey au sommet de son art et un Ewan McGregor lui aussi tombé sous le charme d'un monstre comique au charisme certain.

Le duo Glenn Ficarra-John Requa est donc de retour à peine un an plus tard avec "Crazy, Stupid Love", cette ambitieuse comédie au casting impressionnant. On retrouve le plus drôle des quadras comiques du cinéma, Steve Carell donc, qui reste dans le registre du gars coincé et ringard, pris ici dans la tourmente d'un divorce. C'est lors d'un de ces diners lénifiant propre à un couple assailli par la routine, que l'épouse (Julianne Moore, la « papesse » du ciné indé U.S, ici caution dramatique du film) annonce la triste nouvelle. Mutique, anéanti, Cal ne trouve rien de mieux pour exprimer son désarroi que de se jeter de la voiture en marche !

Nous retrouvons ici le personnage de « 40 ans, toujours puceau », qui a certes ici perdu sa virginité depuis longtemps mais qui, avec une seule femme au compteur, passe pour un toujours puceau dans un univers ou règne les "sex-friends"! Ici c'est en retrouvant un vrai pouvoir de séduction, en multipliant les conquêtes qu'il pourra réveiller sa virilité enfouie apr l'usure du couple. C'est bien évidemment dans un bar branché peuplé de jeunes femmes sexy qu'il va noyer son chagrin. De manière tellement démonstrative que le tombeur du lieu va l'interpeller. Ryan Gosling, la belle gueule du ciné américain qui monte, incarne donc ce séducteur hors pair, dragueur compulsif, porté par une assurance teintée de cynisme qui fait des ravages. Ainsi le beau et sexy Jacob va coacher Cal, en commençant par le relooker, dans une séquence « Prettywomanesque » à souhait.

Voici donc le postulat du film et ça démarre très fort : la mise en scène est soignée et élégante, la B.O fait mouche (Nina Simone, Thievery Corporation, Goldfrapp…) et surtout c'est drôle, rythmé, désopilant, plein de dialogues percutants, au diapason du choc des cultures entre l'homme moderne et irrésistible, Jacob et le dépassé et sinistre, Cal. Les deux comédiens sont entourés d'une galaxie de seconds rôles au top et d'histoires annexes qui enrichissent le scénario et le propos. Citons un trio de jeunes acteurs avec en particulier la déjà remarquée, enthousiasmante et délicieuse Emma Stone (elle faisait déjà craquer Jonah Hill dans "Supergrave"), nous en dirons peu sur son personnage mélange détonnant de drôlerie et de sex-appeal, au risque de trop dévoiler l'intrigue... L'ado, interprété par Jonah Bobo, est Robbie l'ado extra lucide, fils de cal et amoureux transi de la baby-sitter, jouée elle par Analeigh Tipton (Rebecca) quI est amoureuse transie du père larguée ! Vous suivez ? Rassurez-vous cela n'est que du vaudeville moderne, plein de sous-intrigues qui participent au rythme effréné du film et illustrent la qualité et la densité du scénario. Rien que ça !

Une belle alchimie entre les acteurs et avant tout le détonnant duo Carell-Gosling, permet au film de tenir le rythme dans sa première heure. Avec ce rôle qui lui a permis de sculpter son corps à merveille, Gosling s'invite en haut du palmarès de l'acteur le plus sexy du monde. Jake Gyllenhall (belle gueule, corps musclé et filmo trouvant un bel équilibre entre cinéma d'auteur et grand public lui aussi) à l'affiche également cette année dans une comédie romantique, "Love, et autres drogues", n'a qu'a bien se tenir ! Les scènes de coaching et de cours de drague avec exercices pratiques à la clé fonctionnent à merveille, le décalage du duo crée des situations hilarantes, la dynamique, l'énergie du récit emporte l'adhésion tout comme la transformation de Cal en séducteur, explosant son compteur au passage !

La force de "Crazy, Stupid Love" est donc de tenir un bel équilibre entre humour et émotion. Cela explose dans une superbe séquence qui voit le couple en crise se retrouver pour une rencontre parents-élèves. Cela commence par des retrouvailles pleines d'émotions retenues, d'amour enseveli, de mots touchants, chacun sur leur chaise, attendant la professeure de Robbie. Toutefois, celle-ci a, quelques jours plus tôt, passée une nuit torride avec Cal, et le déni de ce dernier va lui faire péter les plombs dans une scène irrésistible, avant que le rythme reparte en mode mineur lors des aveux de Cal à son épouse Emily, nouvelle situation de désespoir amoureux. En quelques minutes nous passons des rires aux larmes avec ce morceau de bravoure, jolie moment de cassure de rythme, de fluidité dans le montage.

"Crazy, Stupid Love" n'est pas exempt de situations convenues et d'un fin faiblarde au regard du début trépidant. Comme "Love, et autres drogues" cité ci-dessus, "B.A.T" des Farrelly ou plus récemment "Sex entre amis", la fin est un retour à un certain ordre moral, à une convention scénaristique toujours décevante où la famille, le couple, les bons sentiments finissent par gagner. Cela fait donc de "Crazy, Stupid Love"» un bon film mais pas un grand film. Nous aimerions que cela reste subversif jusqu'au bout mais une certaine culture puritaine prend trop souvent le pas. Il n'y a pas des "Supergrave" ou des "Deux en un" tous les ans, précieux mélange d'intelligence, d'humour décapant et d'émotions.

Enfin ne boudons par notre plaisir avec "Crazy, Stupid Love", cette comédie bien au dessus de la moyenne qui nous prouve la toujours bonne santé, voire l'excellence de la comédie américaine.

Auteur :Loïc Arnaud
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