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Créance de Sang : Belle maîtrise !

Quelques notes de contrebasse, une ouverture sur fondu au noir qui fait apparaître une ville poisseuse, la nuit. Du son, une technique et des images, il n'en faut pas plus pour savoir que Clint Eastwood le grand est de retour. Clint Eastwood a aujourd'hui 72 ans, et toujours la classe. Le tonton flingueur d'antan qui dézinguait à tout va sans sourciller s'est mué en patriarche que l'on accueille avec un égal respect à chaque rencontre. Depuis longtemps à l'abri des contingences commerciales, l'acteur-réalisateur veut avant tout faire son travail à sa manière, en se faisant plaisir. Pour son 23ème film, il revient à un genre qui lui sied aussi bien que ses rides : le polar. Sans toutefois vouloir incarner un improbable Dirty Harry sur le retour, Eastwood a eu la sagesse de s'octroyer un rôle en fonction de son age, un flic cardiaque à la retraite.

Terry McCaleb est un personnage eastwoodien : agent du F.B.I. à la retraite avec une enquête inachevée, il est à l'écart, sur la touche, affaibli par une opération à cœur ouvert. Comme souvent chez Eastwood, on ne sait rien de son passé : il veut simplement profiter de ses derniers jours en père peinard sur son bateau amarré loin de l'agitation sociale. Pourtant, loin de la misanthropie d'un Harry Calahan, McCaleb est un brave type, plein de bonnes intentions; il reprend du service une dernière fois, car il a une dette envers quelqu'un. Un personnage à l'écart, poussé à l'action par les évènements, thème récurrent chez l'auteur. 

Le suspense du film tient d'ailleurs sur sa détermination à aller jusqu'au bout, mettant son cœur en péril permanent, toujours sur le point de claquer seulement soixante jours après l'opération, ce qui lui vaut les sévères remontrances de son médecin interprété par Anjelica Huston. Comme à son habitude le réalisateur fait la part belle aux seconds rôles : Anjelica Huston, le trop rare Jeff Daniels apparaissent sous leur meilleurs jours, tout comme Wanda De Jesus. Autre signe indiquant la gentillesse du bonhomme, la présence du fidèle Lennie Niehaus à la musique qui suit l'acteur depuis City Heat ( en 84 ! ) et le réalisateur depuis Pale Rider en 85. 

La mise en scène est à l'image du bonhomme, une force tranquille. Faisant fi du montage ultra rapide qui a court dans le polar aujourd'hui, et qui tient souvent lieu de style chez les metteurs en scène dénués de talent, il préfère donner de l'importance à la lumière et à l'image, poser sa caméra pour laisser respirer le film comme Terry l'ex-flic en fin de course s'arrête à mi-chemin pour reprendre son souffle. Bloodwork ( permettez-moi de préférer le titre original ) n'est, certes pas, du niveau d'Impitoyable (ce qui est normal), mais est, sans conteste, un Eastwood de bon cru, et confirme une fois de plus la maîtrise non seulement technique mais aussi stylistique du réalisateur.

Auteur :Alessandro Di Giuseppe
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